Brésil: #SomosTodosLorena (Nous Sommes Tous Lorena) enregistre plus de 75 000 partages et plus de 100 000 likes sur les réseaux sociaux

L’histoire de Lorena, cette fillette de 12 ans qui a été insultée, humiliée et agressée parce que noire et contrainte à demander pardon à ses agresseurs, à l’école, sans que la direction ne la protège, devient viral sur les réseaux sociaux brésiliens.

Voici comment nous la raconte Fernanda Canofre, avec l’assistance de Jean Saint-Dizier pour la traduction française. Cette solidarité ne va pas lui rendre son honneur bafoué et son identité endommagée, mais c’est un acte de civilisation de la part de milliers de brésiliens qui militant contre le racisme.

Campanha de apoio a Lorena na página Preta e Acadêmica. (Foto: Facebook Preta e Acadêmica)

Lorsque Lorena, sa fille de 12 ans, lui a confié qu’elle était la cible d’insultes racistes à l’école et que la direction ne s’était pas le moins du monde sentie concernée, Camila dos Santos Reis est allée vider son cœur sur Facebook. L’histoire, qui se déroule dans une école publique de São Bernardo do Campo, à São Paulo, a été rapportée par Global Voices.

Après avoir connu sur les réseaux sociaux – plus de 75 000 partages et plus de 100 000 likes – le sujet a fini par arriver entre les mains de la Commission des Droits de l’Homme et des Minorités ou Comissão de Direitos Humanos e Minorias (CDHM) de la Chambre des Députés.

Dans une communication signée de la main du président de la commission, le député Paulo Pimenta, la CDHM condamne ces actes de racisme:

La discrimination raciale est l’une des formes les plus odieuses de la violence contre la personne humaine. Ce n’est pas sans raison que la Constitution la définit comme un crime non-sujet à caution et imprescriptible. Lorsque la victime est un enfant, il n’y a pas de mot pour décrire tel comportement.

De plus, le texte souligne que l’école ainsi que les agresseurs doivent être interrogés par le Conseil Tutélaire ou Conselho Tutelar:

L’école a le devoir, non seulement d’enseigner l’égalité, mais aussi de gérer les cas de violations de ce principe lorsqu’ils se passent en son sein. Sinon, il s’agit de connivence. Et, selon des circonstances spécifiques, cela peut aussi être un délit.

À une autre échelle de responsabilités se trouvent les auteurs des agressions. Si l’on considère les mots adressés à Lorena, ses collègues, s’ils ont 12 ou plus, ont commis des infractions assimilées au racisme. L’un d’eux va même jusqu’à assumer, si l’on en croit ce qui a été publié, le fait d’être “vraiment raciste”: “Quand je veux être raciste je suis raciste, t’as compris?”. Le système de mesures socio-éducatives existe justement dans ce but précis, celui d’être appliqué lorsqu’un adolescent se risque à des conduites réprouvées, au point de tomber sous le coup de lois pénales. Et le racisme est l’un des actes les plus réprouvés par nos lois et par la Constitution.

Les suites de #SomosTodosLorena (Nous Sommes Tous Lorena)

Le ministre de l’éducation Renato Janine Ribeiro avait déjà évoqué le sujet dans son discours du 13 mai, jour anniversaire, au Brésil, de l’abolition de l’esclavage en 1888. Dans le texte publié sur le Portail du Ministère de l’Éducation, le ministre a souligné la nécessité de construire une école “post-raciste” et a rajouté:

Des évènements indiquant l’existence de préjugés raciaux entre enfants et adolescents – comme ceux qui se sont déroulés récemment dans une école à São Bernardo do Campo (SP) – attirent notre attention sur le défi de bâtir une école sans racisme ou toutes autres formes de préjugés. Tous les éducateurs, de toutes les sphères de la Fédération (NdT: le Brésil est une république fédérale), doivent se sentir responsables de l’éradication du racisme et des préjugés de nos écoles. Cette démarche doit avoir pour but de transformer le climat scolaire en un espace accueillant pour tous, dans lequel le processus d’apprentissage est collaboratif et valorise les différences humaines.

Janine Ribeiro s’est aussi exprimée à propos l’épisode sur sa page Facebook personnelle.

Alors que toutes les déclarations officielles du gouvernement reconnaissent la gravité de l’affaire, le Secrétaire d’État à l’Éducation de São Paulo tente de minimiser les évènements. Selon un reportage publié sur le portail IG, il a présenté une autre version selon laquelle Lorena aurait demandé elle-même à changer de classe pour être avec ses amies et que c’est elle qui aurait agressé ses collègues de classe, provoquant ainsi les troubles qui ont fait suite. La mère de l’enfant dément.

Toujours selon le reportage d’IG, la directrice régionale de la Direction de l’Enseignement de  São Bernardo do Campo, Suzana Aparecida Dechechi de Oliveira, aurait classé l’affaire comme étant un “truc d’enfants” et accusé Camila de trop avoir exhibé sa fille (NdT: dans les médias).

Camila a déclaré à Global Voices que Lorena est restée dans la même école mais dans une autre classe. Selon ses dires, bien que sa fille remonte peu à peu la pente, elle continue à voir un psychologue.

Une chaîne de télévision locale de São Bernardo, TV Berno, a annoncé que le Conseil Tutélaire ou Conselho Tutelar devait se prononcer dans les prochains jours.

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