Affaire « Bah Lamine » ou le revers des relations incestueuses entre Sékou Touré, Houphouët-Boigny et Siradiou Diallo

Heureusement, il n’y a pas laissé sa peau! Mais, il en a fallu de peu. Mon frère cadet Bah Mamadou Lamine, nous raconte dans ce billet une aventure qui lui est arrivée pendant son trop long exil.

Camp Boiro

                   AFIN QUE NUL N’OUBLIE !

Il y 34 ans, le lundi 27 avril 1981, nous sommes arrêtés à Abidjan et déposés le lendemain au Camp Boiro. Nous étions trois, Barry Mouctar, chauffeur vivant à Divo, aujourd’hui décédé, Barry Souleymane, opérateur de cinéma à Treichville, Abidjan et nous-même, adjoint au chef service correction à Fraternité Matin. Après une nuit en grade à vue à la DST du Plateau, le Gruman, avion perso d’Houphouët nous dépose à Conakry. La seule question de Mr Mourad Abdelkader, un des patrons de la DST, un Ivoiro-Libanais originaire de Gouméré, Bondoukou a été : « Vous êtes des Peulhs ? »

Mamadou Lamine Bah du Lynx, kidnappé dans la salle où il enseignait à Abidjan et livré au camp Boiro dans l'avion personnel de Félix Houphouët-Boigny. Source Lamine Bah
Mamadou Lamine Bah du Lynx, kidnappé dans la salle où il enseignait à Abidjan et livré au camp Boiro dans l’avion personnel de Félix Houphouët-Boigny. Source Lamine Bah

Cette affaire « Bah Lamine » a révélé les connexions contre nature entre Sékou Touré et Houphouët-Boigny. Elle a contribué à faire perdre au Vieux le prix Nobel de la Paix derrière lequel il a vainement couru. Lui qui s’est avéré n’être qu’un vulgaire ravitailleur du Camp Boiro, le joujou de son fils spirituel et politique, Sékou qu’il a formé âprement à la Croix du Sud de Treichville. Et avec qui il a conservé des rapports collés-serrés en dépit du cinéma auquel ils se sont livrés aux yeux du public.

Les principaux acteurs de cette sinistre affaire ont été au niveau stratégique, Sékou et Houphouët, au niveau méso, Jean Konan Banny alors Ministre ivoirien de la Défense, le Ministre ivoirien de la Sécurité intérieure d’alors Mr Gaston Ouassénan Koné, le Camarade Sékou Chérif, Grand Inquisiteur et Tortionnaire en Chef dans tous les Camps Boiro de la terre et du ciel et …. Siradiou Diallo, l’employeur du vrai Bah Lamine. Mr Diallo a tout fait pour orienter les sbires d’Houphouët vers nous. Ancien journaliste à Horoya et fils de Cinquième Colonne, nous sommes le portrait-robot de celui qui peut jeter une grenade sur Sékou. Le faux Bah Lamine liquidé, le vrai allait continuer sa besogne en toute quiétude ! Toujours à ce niveau un autre individu, celui qui a monté le dossier à l’Ambassade de Guinée, avec pour Ambassadeur, Touré XXX, un autre parent de Sékou. Ce triste sire joue aujourd’hui les opposants au Grimpeur.

Au niveau terrain, Mr Mourad Abdelkader de la Direction Ivoirienne de la Surveillance du Territoire et le Commissaire Souaré de Conakry. Ce dernier, décédé aujourd’hui ( Paix à son âme) et d’un grand humanisme, s’est rendu compte qu’ils s’étaient plantés dès le premier interrogatoire : « C’est vous qui aviez travaillé à l’ERC de Dalaba ? » Réponse : « Qu’est-ce qu’un ERC ? » Lorsque nous quittions la Guinée enJuin 1971, il n’y avait pas encore d’ERC. Horoya a été la seule institution qui nous ait employé en Guinée, depuis notre sortie du CESTI [Centre d’Etudes des Sciences et Techniques de l’Information] de l’Université de Dakar, en 1968. C’était facile à vérifier auprès de notre ancien patron, Fodé Bérété. Tout comme à Abidjan il était facile de vérifier auprès de Mr Auguste Miremont notre patron que le jour où on lançait une grenade sur Sékou à Conakry, nous étions en train de corriger des articles à Fraternité Matin à Abidjan. Quel que soit notre niveau de malignité, nous n’avons pas le don d’ubiquité.

Après être venu nous chercher à Conakry avec le même Gruman présidentiel, Mr Jean Konan Banny nous a reçu à son domicile et nous a dit et ce en présence de Mr Lazény Coulibaly : « Ne vous mettez jamais entre Houphouët-Boigny et Sékou Touré. Vous ne savez pas ce qu’il y a entre eux ».

L’équipe de tortionnaires qui nous a interrogé était composée à plus de 90% de Konyankés et était dirigée par Sékou Chérif fils de Konindou, dans Dabola et marié à une Konyanké, parente de Sékou Touré. Il ne faut pas oublier que Sékou est un fils de Touréla, à un jet de pierres de Beyla en direction de Kossankoro, un village que nous avons eu le plaisir de visiter.

Au cours de ce séjour à Boiro, les tortures les plus insupportables que nous avons subies, ce sont les violences verbales, les injures à caractère ethnique :  « Vous les Peulhs, vous êtes des bâtards, des traîtres, des chiens… « . Les violences verbales ou écrites laissent des traces indélébiles. C’est un puissant facteur de conflits, de guerre civile, de destruction du tissu social.

Surfant sur le même topo, des agents des FDS font aujourd’hui pire à Bambéto, surtout à Gnaari Wada. Ils insultent en langue soussou, tout en n’étant pas Soussou. Cette stratégie avait déjà été utilisée en 1993 à Matoto. Pour opposer Peulhs et Soussous. Comme en 1957 avec des délinquants que Sékou avait fait venir de Freetown. A Gnaari Wada donc, ces agents disent : « Vous les Peulhs, vous voulez le pouvoir ? On va vous exterminer comme des rats. Vous n’êtes que des cafards, des punaises ».

Ils rentrent dans les domiciles, pillent volent, renversent les marmites de nourriture en cuisson… Pire que tout ça, ils violent les lieux de cultes, les mosquées, en y entrant chaussés et en y jetant des grenades lacrymogènes. Et ils reçoivent les félicitations et les remerciements du Ministre de la Sécurité… Ainsi ces agents atteignent les Peulhs dans ce qu’ils ont de plus cher, de plus précieux que leur vie, leur identité et leur croyance.

C’est tout ça qui radicalise les jeunes, témoins de toutes ces violences que subissent leurs parents.

Au cours de notre séjour au Camp Boiro, nous avons observé que, côté des détenus, plus 90 % étaient Peuls et le reste Soussous.

Dix ans plus tôt, le 27 Avril 1971, un autre lundi, mon père Bah Amadou Bailo est arrêté, déposé au Camp Boiro, puis à Kindia où il sera exécuté dans la nuit du 30 au 31 Juillet 1971, au pied du mont Gangan. Parmi ses compagnons d’infortune il y eut :

le Lt Barry Bademba, Soumah Karamoko, frère du capitaine Soumah Abou évadé le 22 Novembre 1970, le ministre Tibou Tounkara, le Lt Bah Mamadou, Garde du corps de Sékou, le Gouverneur Bah Thierno Ibrahima et son jeune frère Bah Bademba, Diallo Oumar Kounda, Gouverneur, Thiam Baba Hadi, Directeur de Banque, Baldé Ibrahima Bodjé, Directeur des Douanes, le soldat Dramé Mohamed, Aribot Soda, homme d’affaires, Diallo Oury Missikoun, Inspecteur des Finances.

L’année 1971 fut celle de la terreur. Après les pendaisons généralisées dans toutes les villes du pays, des vagues d’arrestations se succèdent, suivies d’exécutions.

Bah Mamadou Lamine

Nous y reviendrons dans un autre billet

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