Au nom de l’anti-terrorisme, les USA affament les enfants somaliens

Voltaire, dans son livre Zadig ou La destinée, en 1747, soutenait au Chapitre VI « [il] vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent ». Il semble que les USA, en cette époque de barbarie dans lequel nous vivons, aient revu et corrigé cette grandiose vision. En effet, au nom de la lutte contre le terrorisme, le gouvernement et les législateurs des États-Unis ont adopté des mesures qui privent de leurs libertés, voire de leur vie, des femmes, des enfants et des hommes, au-delà de leurs frontières. Ils mentent à l’humanité toute entière ou ne disent que des demi-vérités lorsqu’ils nous annoncent avoir tué tel nombre de terroristes. Sans compter les nombreuses bavures, de par les théâtres de guerres. Combien de victimes innocentes ont perdu la vie pour tuer un seul de ces bandits sans loi ni foi qui sèment la haine dans le monde entier?

Des lois sont adoptées nous privant de nos libertés sur la base de simples soupçons, privant de leurs droits des millions de personnes. C’est le cas de l’interdiction faite aux somaliens américains d’envoyer de l’argent à leurs familles restées au pays. Pour le soupçon que certains de ces envois étaient destinés à quelques terroristes, ce sont des centaines de milliers d’enfants qui seront privés d’école car leurs parents ne peuvent plus payer les frais de scolarité, des milliers de malades qui ne pourront plus être soignés, etc.

Le comble de l’ironie, c’est que si la Somalie est devenue un avorton d’état, c’est à cause de la compétition entre les USA et l’URSS au temps de la guerre civile, la Corne de l’Afrique ayant été de tout temps considérée comme stratégique.

L’article suivant repris par globalvoicesonline.org analyse les implications de ces mesures insensées sur la vie et l’économie des somaliens.

Des bus à Hargeisa, Woqooyi Galbeed, Somalia. Photo de l'utilisateur de Flickr Charles Roffey. CC BY-NC-SA 2.0

Cet article et le reportage radio, réalisés par Ryan Katz pour The World (Le monde), ont été publiés à l’origine sur le site PRI.org le 10 mars 2015. Nous les reprenons dans le cadre d’un accord de partage de contenu.

Abdi Awali a une routine qu’il suit tous les mois depuis des années. Il se dirige vers une agence de transfert d’argent non loin de sa maison à Minneapolis ; il donne à l’employé quelques informations de base et glisse $ 100 à travers une fente. Puis il se connecte à Facebook et contrôle avec sa tante en Somalie.

Oui, elle a reçu l’argent. C’est confirmé.

“C’est une mère célibataire, vous savez”, dit Awali. ”Elle n’a pas d’emploi, elle n’a pas de soins de santé, rien. Ce n’est pas beaucoup pour nous, mais c’est beaucoup pour eux. Seulement 50 $ ou 100 $, c’est assez pour tout le mois “.

Chaque jour, de nombreuses personnes transfèrent de l’argent des États-Unis à des proches dans d’autres pays. Ces paiements, appelés envois de fonds, aident à payer pour tout, du loyer à la nourriture aux fournitures scolaires.

Pour les Somaliens, les transferts de fonds sont un moyen essentiel pour obtenir de l’argent de l’étranger, comme la Somalie manque largement de banques formelles. Mais, récemment on a interdit aux Américains-somaliens l’envoi d’argent chez eux. Cela, c’est depuis que la Merchants Bank de Californie – la principale banque américaine encore disposée à faire des affaires avec les agences de transfert, appelé hawalas en arabe et pour la plupart dirigées par des Somaliens, a tout simplement arrêté les transferts.

Beaucoup d’autres banques ont reculé devant l’envoi de l’argent des États-Unis à la Somalie, face à la pression du Département du Trésor pour ne pas mettre de l’argent dans les mains de terroristes. Cette mesure est dirigée contre le groupe militant al-Shabab, qui, selon une étude de l’Institut des études sur la sécurité, recrutait des membres pour aussi peu que 50 $.

Après les mesures prises par la Merchants Bank, l’anxiété est répandue dans la communauté somalienne américaine car c’est une bouée de sauvetage économique qui est soudainement gelée.

“Les membres de la diaspora somalienne envoient $ 1,3 milliard chaque année à leurs proches en Somalie”, dit Scott Paul, conseiller principal en politique humanitaire de l’organisation Oxfam America pour l’Afrique de l’Est. ”C’est plus que ce que le pays reçoit en aide humanitaire et en investissements étrangers combinés.” La plupart de cet argent est utilisé pour répondre aux besoins de base.

Abdulaziz Sugule, chef de la Somali American Money Service Association (Service financier de l’Association somalienne américaine), sollicite désormais le concours des petites entreprises d’envoi d’argent dirigées par des somaliens – celles qui travaillaient généralement avec la Merchant et d’autres banques – en partenariat avec des banques locales dans le Minnesota. ”C’est une question humanitaire,” dit-il.

Jusqu’à présent, certaines des banques locales coopèrent, mais on ne sait pas combien de temps ces partenariats pourraient durer.

L’instabilité effraie Katra Ismael, une infirmière qui envoie de l’argent à sa famille en Somalie depuis plus de 20 ans. ”C’est de l’argent que nous avons gagné et que nous souhaitons partager avec nos familles pour qu’elles aient de la nourriture sur leur table,” dit-elle.

Au Sagal Restaurant, un lieu populaire parmi les somaliens à Minneapolis, Mohammad Noa s’inquiète que le gel des transferts aura une incidence sur sa famille d’une manière différente. Il a six enfants à la maison et pense que couper les transferts d’argent créera une opportunité [de recrutement] pour les groupes violents comme al-Shabab.

“Quand les enfants ne peuvent pas aller à l’école parce qu’ils n’ont pas l’argent pour payer leurs frais, ils vont être vulnérables et écouter les offres de recrutement,” dit-il

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