Guinée: Sally Bilaly Sow, un blogueur parmi les personnes arrêtées et malmenées

Depuis le 2 février, Labé, une des villes les plus importantes du Fouta-Djallon, en Guinée, a connu des affrontements violents entre les forces de l’ordre et des militants du principal parti de l’opposition, Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), dont le leader est né dans cette ville. Selon ce parti, ces évènements ont pour origine des destitutions et des mutations qu’il juge arbitraires,et motivées par des raisons d’appartenance politique de certains cadres enseignants de Labé.

Un des membres fondateurs de l’Association des blogueurs de Guinée (ABLOGGUI) qui ne cesse de dénoncer les abus du pouvoir, Sally Bilaly Sow, a été arrêté sans qu’aucune motivation ne lui soit notifiée. Il raconte son expérience dans un commentaire publié sur Facebook:

J’ai passé la nuit d’hier dans les mains des services de sécurité de Labe. Aux environs de 23 heures ,les gendarmes et policiers appuyés par des militaires du camp Elhadj Oumar Tall m’ont arrêté sans que je ne sache les réelles cause de leur bévue. J’étais sorti a la recherche de quoi a mettre dans mon ventre après un long temps passé derrière mon ordinateur et entre temps ces ‪#‎farces‬ je m’excuse forces de l’ordre m’ont appréhendé.

Un militaire m’a blessé avec sa ceinture au niveau de la main…. Je croyais qu’on parlait de la réforme du secteur de sécurité et de La Défense. Les militaires pour diriger des patrouilles ? C’est la réforme qu’on a engagé. Il reste toujours dans les locaux de la CMIS a safatou plus de 30 personnes dont des élèves,étudiants, un professeur d’université et un cinquantenaire.  

Pas de recul faites ce que vous voulez. Merci aux amis pour le soutien. Que vive la liberté d’expression et de circuler. ‪#‎BilalFree‬

Réaction à chaud de la parente d'un patient. Photo Sally Bilaly Sow publiée sur Facebook et Twitter
Réaction à chaud de la parente d’un patient. Photo Sally Bilaly Sow publiée sur Facebook et Twitter

Que ce soit pour recueillir des informations sur l’étendue de l’épidémie de l’Ebola dans les villages les plus reculés de sa région et des environs, ou pour dénoncer les abus du pouvoir, Sow a publié plusieurs articles soit dans le média online kabachir.com que sur Facebook. Mercredi 4 février, il a dénoncé les violences des forces de sécurité entrées dans un hôpital et malmené des malades et le personnel soignant. Il a écrit dans un de ses billets dont il a partagé le contenu sur Facebook:

Quand on rentre dans un hôpital pour réprimer, quelle sera notre cible ? Pour moi ce ne sont plus les manifestants, mais plutôt les malades et le personnel médical ! Et cela qui s’est passé cet après-midi.J’ai été meurtri, choqué (…) et dégoûté de voir un septuagénaire malade d’être dérangé dans son lit d’hôpital par des agents de l’escadron mobile numéro 8 de ‪#‎Labé‬.Les autres malades qui avaient une petite force physique ont pris la tangente pour chercher un lieu de refuge. ‪#‎EHHH‬
Pire, des coups de matraque à l’encontre du personnel médical. Oui ! Nous sommes dans un État de droit n’est-ce pas ?
Cher(e)s amis NE Liker pas seulement le post, mais dites-moi à quoi servent les milliards qu’on dépense pour la réforme du secteur de sécurité et de la défense.

Dans quel bled en sommes-nous, quand les patients des hôpitaux ne sont pas épargnés?
Pour le pourquoi de la manifestation cliquer sur ce lien:http://bit.ly/1BTdf5j

Quand les forces de sécurité ont investi le siège du principal parti de l’opposition en saccageant tout, il a fait plusieurs photos qu’il a publiées sur Facebook et Twitter. Il a écrit sur kababachir.com:

Les jeunes protestataires ont érigé des barricades et brûlé  de pneus  sur certains  grands carrefours  de la commune urbaine de Labé.  Jets de pierre et gaz lacrymogène ont raisonné durant  les heurts qui ont fait plus de 20 blessés côté manifestant  dont un par bal.  Le cinquantenaire a été touché sur le pied droit.

Dans l’après-midi, des forces de l’ordre  ont été  atteints par des pierres lancées par les  jeunes frondeurs en réponse aux gaz lacrymogènes. Selon une source qui a requis l’anonymat, le bilan des services serait au nombre de  vingt-cinq (25).

Pendant la protestation,  le véhicule de la Croix Rouge a  été atteint par un projectile et un humanitaire touché  au niveau de l’œil. (Sur image).

Un autre de ses billets publié sur ce même site et sur Facebook dénonçait l’intervention des forces de sécurité dans une mosquée et exprimait sa crainte de voir une radicalisation des fidèles de cette tendance religieuse:

Décidément on peut tout voir en Guinee particulièrement à Labe. Quand les forces de l’ordre investissent le lieu de prière d’une confrérie ça devient inquiétant. J’ai peur de la radicalisation de cette secte. Lorsque les gens sont coincés, ils finiront par riposter. Chacun est libre d’exercer sa foi religieuse, je pense. Ce qui est mieux aujourd’hui c’est de trouver un terrain d’entente entre les deux belligérants. Un problème qui dure depuis plus de 15 ans je ne souhaite mais disons la vérité c’est un feu qui couve sous la cendre.

Ce billet avait provoqué plusieurs commentaires sur Facebook de la part de guinéens et d’autres africains vivant sur le continent ou de la diaspora. Suite à une de ses enquêtes sur l’épidémie provoquée par le virus de l’Ebola a provoqué un long échange de commentaires dont certains ont été repris par le réseau globalvoicesonline.org et traduit en malgache.

La pertinence de ses propos et son indépendance d’esprit sont entrain de conférer à Sow une certaine popularité au sein de la blogosphère guinéenne.

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