Guinée: Ebola entre négation, panique et réalités

Hier après-midi, je suis sorti de chez moi pour une petite promenade sur la Promenade des anglais. Le fait d’avoir été dans presque tous les pays africains et le droit d’aînesse  me donnent la liberté de demander à toute personne noire que je rencontre dans la rue son pays d’origine. Dès que je suis sorti, à côté de ma résidence, j’ai trouvé assis devant une porte un jeune portant un T-shirt avec écrit au dos « Sécurité ». A ma demande, après quelques questions, il m’a révélé qu’il était Diallo et venait de Labé. Le filou, comme tous les Diallo de Labé! Ensuite, sur la Promenade, j’ai rencontré un petit groupe d’autres jeunes qui viennent d’arriver à Nice pour étudier. Naturellement, tous veulent faire économie comme tant d’autres que j’ai rencontrés. Dans un monde où il y a tant de filières qui assurent de meilleurs chances d’emploi, pour les jeunes guinéens, il n’y a que l’économie ou l’informatique.

Les anges sauveurs ressemblent à des extra-terrestres tel que les représentent les films d’épouvante. Photo: RFI/ Olivier Rogez
Les anges sauveurs ressemblent à des extra-terrestres tel que les représentent les films d’épouvante. Photo: RFI/ Olivier Rogez

En discutant avec eux, je leur ai demandé ce qu’il pensaient d’Ebola. Un d’entre eux, m’a dit qu’Ebola n’existait pas. Quand je lui ai demandé pourquoi, il m’a dit c’est parce qu’il n’en avait vu aucun! J’ai essayé de le convaincre, mais je ne suis pas sur d’y avoir réussi. C’est cette discussion qui me porte à publier cet article que Bah Mamadou Lamine grand reporter au Lynx m’a envoyé avant son voyage.

Dans la conscience collective de nombre de Guinéens, surtout en milieu rural, les malades victimes d’ébola sont assassinés par le corps médical. Cette croyance est symptomatique du degré de confiance qui existe entre nos compatriotes et les fonctionnaires. Les cas extrêmes de ce fait, on les observe à Womé, Nzérékoré. Pire que toutes les épidémies, tous les tsunamis et autres tremblements de Terre, c’est la mal gouvernance. Depuis des temps immémoriaux, la plupart des agents de l’état, au lieu de servir les citoyens, se sont servis d’eux pour se sucrer en les trompant. Sans cela, il est difficile d’imaginer même dans l’esprit le plus tordu qu’un Médecin après avoir prêté le Serment d’Hippocrate, puisse assassiner un malade ! Mais les faits sont là, têtus.

Une jeune fille porte un bouquet de gants d’hygiénistes.  RFI/ Olivier Rogez
Une jeune fille portant des gants pour le personnel médical et auxiliaire.  RFI/ Olivier Rogez

En réalité, ébola est une maladie effrayante qui traine autour d’elle des phobies incroyables. Pour approcher le malade, le soigneur d’ébola lui-même est effrayant : avec son équipement de Protection Personnelle, un vrai Scaphandre, il a l’air d’un extra-terrestre tel que se le représentent les films d’épouvante.

La rumeur prétend que le malade est enfermé dans un plastique. Ce qui est, évidemment faux. Mais on prend des précautions en les isolant. Les produits de leurs toilettes (matières fécales, urines, sueurs, morve, sperme, crachats…) sont traités et éliminés.

L’accès à la dépouille mortelle d’une victime d’ébola est réglementé et bouscule les rites et traditions. Mais, il faut s’y faire. Sauf à se laisser atteindre soi-même, il faut s’y conformer.

A Pita, en cas de décès d’ébola voici le protocole : le corps est traité par l’hôpital ou la Croix Rouge c’est – à- dire qu’il est pulvérisé tout comme la demeure du défunt, ensuite il est plastifié avant d’être embaumé dans le linceul et enterré.

BML

 

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