Guinée: Une histoire truffée de mensonges et de violences, privée d’archives

Comment ne pas être d’accord avec le Président de l’association des victimes du Camp Boiro lorsqu’il dit que la première victime du système Ahmed Sékou Touré  a été la Guinée toute entière?Ou bien que le camp Boiro avait enterré l’avenir du pays parce qu’une grande élite  de la Guinée se trouve aujourd’hui dans des fosses communes?

Sidikiba Keita, fils de Fodéba Keita, une autre illustre victime, nouveau président de l’Association des victimes du Camp Boiro (AVCB) a fait ces déclarations à l’occasion de la présentation de son bureau. Son père, Fodéba Keita, avait du creuser sa tombe en compagnie d’autres anciens ministres du régime du PDG. Le président de notre association a confirmé à nouveau que l’AVCB continuerait à participer activement à tous les combats pour le respect des droits humains en Guinée et pour la réhabilitation des victimes de 1959 à 2014.

J’ajoute, de mon coté, que ce chemin sera long et qu’il doit commencer par la recherche et le maintien des archives afin de pouvoir cerner l’ampleur de la tragédie que nous avons vécue. Malheureusement, les régimes qui ont suivi celui de la terreur instauré par Sékou Touré ont rivalisé d’initiatives pour le glorifier et pour démontrer leur fidélité à son idéologie et à sa pratique, en oubliant ses victimes. Une des plus douloureuses illustrations de cette volonté est que la présidence de la république porte son nom, alors qu’aucune initiative n’a été entreprise pour la réhabilitation de ses victimes.

Thierno Maadjou SOW President de l'Organisation guinéenne de défense des droits de l'homme et du citoyen, devant la porte d'une cellule du Camp Boiro
Thierno Maadjou SOW, Président de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme et du citoyen, devant la porte d’une cellule du Camp Boiro

Il n’y a pas d’archives qui documentent ces crimes contre notre peuple. Le seul lieu où on pouvait trouver des informations fournies par ceux qui ont vécu dans ses lieux de tortures et les autres témoins de la transformation de notre pays en un immense goulag n’est plus accessible. En effet, le site campboiro.org a des difficultés financières qui le rendent inaccessible depuis quelques semaines pour des raisons financières.

Depuis 1997, le Portail Camp Boiro Mémorial et les autres sites qui y sont liés ont été pour les étudiants, les blogueurs , les professionnels et le public en général, des lieux de découverte de l’histoire de l’Afrique et de ses peuples. Un guinéen vivant aux USA a lancé un appel pour fonds en ligne depuis le 12 mars pour la collecte de $1000. Cette somme n’est suffisante que pour rendre de nouveau le site du Mémorial accessible pour une durée très limitée. En 4 jours,le total collecté a déjà atteint $410 C’est triste de constater qu’à juger par les noms de ceux qui ont contribué, malheureusement, il y a eu peu de guinéens.

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