Guinée: L’AVCB à la quête de la Vérité Historique

Amis lecteurs, j’ai le plaisir de vous présenter le discours de Sidikiba Keita, le nouveau Président de l’Association des victimes du Camp Boiro. Son parcours historique et personnel se trouve à la fin de son discours.

Sidikiba Keita, Président de l'Association des victimes du Camp Boiro. Photo extraite de sa page Facebook pour les besoins de la cause
Sidikiba Keita, Président de l’Association des victimes du Camp Boiro. Photo extraite de sa page Facebook pour les besoins de la cause

L’AVCB, mère de toutes les associations de victimes de Guinée, inscrit son combat dans l’échancrure de l’Histoire de notre patrie, la Guinée, dont le destin a trébuché sur le caillou du Camp Boiro, qui, au fil des ans et de la consolidation du régime dictatorial de Sékou TOURE, a d’abord rongé la classe des compagnons de l’indépendance, avant de gangréner le corps social, par l’instauration de la division, de la délation, de la méfiance et, encore pire, de la haine réciproques, toutes choses faisant le nid des négationnistes qui, encore aujourd’hui, refont notre Histoire à la guise de commanditaires mus par des raisons qui cachent mal des intentions inavouables.

Le délitement de la concorde nationale et son corollaire, le dépérissement progressif de notre capacité à fonder une nation solidaire doit interpeller tous les guinéens, mais encore plus, les victimes du Camp Boiro, regroupés en Association.

En effet, l’ethnicisation du débat politique a conduit au cloisonnement de nos populations en des entités que seule la société civile peut amener à se concerter et à s’écouter dans un débat constructif.

L’AVCB  s’inscrit dans cette société civile. C’est déjà un premier acquis. Mais il faut que cela se renforce en suivant quelques lignes-force. A ce titre :

Nous devons d’abord renforcer notre statut apolitique pour pouvoir dire son fait à la classe politique, sans compromis ni compromission, vu son caractère éminemment clivant dans notre pays, et la transmission avérée de la violence, d’un pouvoir politique à l’autre.

Ensuite et en tant que tels, les victimes que nous sommes, plus que tous autres, portons le poids du système et pouvons davantage nous consacrer à la lutte contre l’arbitraire et l’injustice, motivés par notre propre prise de conscience. C’est de cette prise de conscience que procède notre affirmation du « Plus jamais ça » ;

Pour que « plus jamais ça », nous devons résolument combattre l’arbitraire et l’injustice, quels qu’en soient les commettants et leur pouvoir ;

Nous devrons, sans désemparer, rappeler aux uns et aux autres leur Devoir.

Enfin, l’AVCB regroupe ceux qui, au-delà du sang reçu en héritage, sont encore plus guinéens  par le sang versé par l’injustice et l’ignominie d’un système qui nous nargue encore du haut de son impunité. A ce titre, nous devons rester un rempart contre la division, un symbole inattaquable de l’unité nationale, fondée pour nous sur le triste symbole des charniers où gisent nos chers disparus, sans distinction. Les restes confondus de nos disparus, après l’ultime sacrifice, doivent inspirer notre profond sentiment d’unité et de solidarité.

Aujourd’hui, afin de faciliter la réalisation de la plateforme revendicative actuelle de l’AVCB, les chantiers suivants nous interpellent et motivent ma candidature:

D’abord la quête de la Vérité Historique. Le système qui a emporté nos parents s’est nourri du mensonge, de la désinformation et de l’escamotage des faits. Il a travesti les faits, inversé les rôles et se trouve en passe d’imposer le mensonge à notre mémoire et de compromettre la manifestation de la Vérité. Pour rétablir les faits, nous devons nous investir dans la recherche, l’accumulation et l’exploitation de toutes les archives encore disponibles aujourd’hui. Même éparpillées entre divers détenteurs et quelquefois parcellaires, des documents existent encore, et nous nous devons de faire tous les efforts liés à leur identification, leur acquisition et leur exploitation. En Guinée et à l’étranger.

Ensuite la quête de la justice. Nous n’avons pas vraiment d’autre but que de dénoncer l’injustice subie en tant que victimes de l’iniquité des « tribunaux populaires et révolutionnaires ». Mais au-delà des sentences prononcées et de leurs effets, quelle était leur base légale ? L’essence extrajudiciaire de ces instances est un élément dont nous devons nous saisir pour faire prononcer leur nullité. L’instruction de ce procès en nullité me tient à cœur.

Enfin, l’élargissement de notre base. La capacité de réplication du système de l’impunité, de l’arbitraire et la violence abusive de l’Etat guinéen a engendré une litanie de victimes. L’hécatombe organisée, infligée à l’intelligentsia guinéenne par le biais du système concentrationnaire né au camp boiro a fait de la Guinée une victime de tous les marasmes et désenchantements qui ponctuent notre Histoire depuis 50 ans. Pour endiguer cela, nous devons agir de concert avec toutes les générations de victimes, pour aboutir à une plateforme de revendications commune, si minime soit-elle.

Pour conclure, je reste convaincu que loin d’être le syndicat d’aigris revanchards pour lesquels on s’évertue à nous faire passer, l’AVCB est avant tout une prise de conscience des périls que l’impunité et le mensonge font peser sur l’avenir de la Guinée.

Soyons en fiers, levons nous, rassemblons autour de nous et marchons ensemble à la quête de la Vérité et de la Justice !

Je vous remercie.

Parcours personnel et professionnel de Sidikiba Keita, Président de l’Association des victimes du Camp Boiro:

Formé à l’Université d’Abidjan, Sidikiba Keita n’est rentré en Guinée, comme nombreux parmi nous dont les pères ont été broyés par la machine infernale de Sékou Touré et son PDG, qu’en 1984, à la mort du tyran. Il a aussitôt intégré l’Armée, à travers  la Gendarmerie Nationale.

Affecté à L’Etat-major, il a été en charge des études de restructuration de ce corps (péréquation des grades, plan de recrutement, plan d’implantation et de redéploiement, plan d’équipement et de manœuvre, conception et organisation de la sécurité présidentielle).

Ses travaux sur la sécurité présidentielle ayant attiré l’attention du Président Lansana CONTE, celui-ci décida de le congédier car en Guinée, souvent la compétence est un grave défaut. Une perte pour l’administration et l’armée guinéenne, mais un gain pour la société civile. En effet, loin de se décourager, il a créé le bureau d’études de projets GENIE, le tout premier dédié à la promotion du secteur privé. Ce Bureau a formé des cadres informaticiens dont l’un est devenu le fondateur du célèbre site d’informations « Aminata.com ».

Il a été également co-fondateur de l’Association Guinéenne des Droits de l’Homme, dont les travaux et les alertes sur le milieu carcéral et les conditions de détention ont fait bouger les choses et mobilisé, entre autres la Croix-Rouge.

En 1993, sous les menaces et pressions du régime en place, il fut de nouveau contraint à l’exil, jusqu’en 2010, en France où il a travaillé comme ingénieur d’études en informatique, sans perdre contact avec les dures réalités du pays natal. Sensible à ce qui s’y passait, il a été membre fondateur du Comité d’Action et de Réflexion pour le Changement (CRAC), dont il a conduit la cellule « Action ». Le CRAC a été créé suite à la modification de la Loi Fondamentale pour supprimer la limitation des mandats.

Toujours, en France, il a présidé deux comités d’action en faveur de leaders politiques inquiétés en Guinée : Alpha CONDE suite à son interpellation à Pinè et Sidya TOURE, suite à sa garde à vue avec confiscation de passeport. Il y était aussi membre du Bureau AVCB.

Succombant à la tentation du retour au pays qui veille sur tout exilé, en juin 2007, alors qu’il se  rendait à Conakry via Bamako, par la route, les services de police l’ont kidnappé entre Mamou et Linsan. Il fut enfermé au Camp « Koundara », et mis à la diète complète pendant 4 jours. C’est son épouse, que, par miracle, il avait pu informer depuis sa cellule, qui alerte les guinéens via internet. La  mobilisation spontanée de la blogosphère et l’intervention de hautes personnalités du pays, amis de sa famille, ont mis fin à sa détention extrajudiciaire, sans toutefois qu’il retrouve la liberté. En effet, il est transféré à la Maison Centrale, accusé d’atteinte à la sûreté de de l’Etat. Il ne sera libéré que 40 jours après son arrestation illégale.

Par ses lectures, on peut deviner qu’en dehors de son militantisme pour la réhabilitation des victimes innocentes des exécutions extra-judiciaires, Sidiki Keita, le nouveau Président de l’AVCB, est un militant de la non-violence pour achever les objectifs de son organisation pour une véritable réconciliation nationale.

Bonne route, Mr. President.

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