22 Novembre 1970: Sékou Touré chanceux et habile

C’est au prof. Ibrahima Baba Kaké que je vais emprunter encore le texte qui me servir pour mon billet en cette journée du 22 Novembre, en souvenir de l’agression d’il y a 42 ans qui devait libéré notre peuple de la sanglante dictature, mais résulta en un prétexte pour Sékou Touré et sa clique pour intensifier la terreur et les crimes. Auteur de 27 oeuvres et de plusieurs articles, Ibrahima Baba Kaké fut professeur agrégé d’Histoire et enseigna  à Paris. Il fut aussi Directeur de collection aux Nouvelles Editions Africaines, Producteur de l’émission Mémoire d’un continent à RFI, qu’on pouvait écouter pendant plusieurs années sur les vols de la compagnie multinationale Air Afrique. Sékou Tourétenta de le faire assassiner en plein Paris, tentative, déjouée grâce à la vigilance de la police. Confondu avec lui, son frère sera assassiné à sa place.

Sékou Touré est un homme chanceux. Parler d’un homme chanceux en politique, c’est surtout montrer que cet homme a toujours su faire face aux événements imprévus d’une façon ou d’une autre. Au moment où tout le monde le croit perdu, il est sur le point de se sortir de la situation à son avantage. Le dénouement, contre toute attente, lui est favorable. Quelle meilleure illustration de ce processus que le débaruement des Portugais et de leurs alliés guinéens à Conakry, le 22 novembre 1970.

… On possède d’un côté les déclarations à chaud d’un participant guinéen au débarquement, qui se qualifiera lui-même d’agresseur dans l’hebdomadaire Jeune Afrique du 8 décembre 1970. Par ailleurs, le capitaine Abou Soumah, le seul Guinéen qui ait pu profiter des combats pour s’échapper du terrible camp Boiro, a confié un récit pathétique, mais digne de foi, au même journal.

Selon le premier de ces deux témoignages, l’opération avait été prévue de longue date et ses protagonistes étaient en quasi-totalité des Guinéens exilés. Ils avaient été dispersés dans trois camps d’entraînement dans différents pays limitrophes. Le débarquement, en fait, devait avoir lieu beaucoup plus tard, mais la date en avait été subitement avancée pour une banale histoire de disponibilité de bateau -et non par crainte d’un rapprochement entre Sékou et Houphouët comme le prétendra Radio-Conakry. L’état-major des Guinéens, à l’approche du jour, ne tient littéralement plus en place. Le principal responsable va de Toulouse à Lisbonne, de Lisbonne à Genève et de Genève en Afrique, lieux de résidence de nombreux opposants guinéens, pour coordonner les actions. Le point de ralliement des combattants, que l’auteur du récit situe -pour protéger ses alliés- quelque part en Sierra Leone, est en réalité dans l’archipel des Bissagos 28.

Deux cents hommes, tous d’origine guinéenne, sont donc

Capitaine Soumah Abou, seul rescapé du « complot » Kaman-Fodeba, 1969. Il profita de la confusion suite à l’attaque contre Conakry le 22 Novembre 1970

rassemblés là où des navires les attendent. Ils sont bien armés, de fusils mitrailleurs et de pistolets de marque soviétique. Ils sont vêtus de treillis kaki, un brassard vert au bras. La nuit du 20 novembre et la journée du 21 novembre sont consacrées à l’examen de cartes et de plans de Conakry, à l’étude des positions à prendre ainsi qu’à la simulation du débarquement. Le 21 en début de soirée, les hommes sont répartis en huit équipes correspondant aux objectifs déterminés. Celles-ci sont ensuite installées, avec quelques Portugais, dans quatre bateaux qui lèvent bientôt l’ancre. direction: Conakry, qui sera atteint sans encombre le lendemain matin vers 2 heures. Ces deux cents Guinéens sont de fait encadrés par de jeunes officiers portugais. L’auteur du récit confié à Jeune Afrique n’avait mentionné que quatre à cinq Européens par bateau, et qui n’auraient été que des hommes d’équipage loués avec leurs bâtiments. Il minimisait donc leur rôle, même s’il est vrai que les Portugais, nous le verrons, poursuivaient certainement un objectif bien différent de celui des Guinéens.

Les divers groupes d’assaillants, poursuit le témoin, se dispersent dans la ville et s’acquittent tant bien que mal de leurs missions. Ils réussissent notamment à prendre le camp Boiro, ce qui leur vaut de curieuses rencontres. Venu s’informer de ce qui se passait, le général Lansana Diané, ancien ministre de la Défense, est arrêté; le commandant du camp de Mafanco, parti lui aussi aux nouvelles, subit le même sort. Seuls deux objectifs-cela le témoin de Jeune Afrique ne le précisait pas-ne peuvent être atteints: la radio et… Sékou Touré lui-même.

Le groupe chargé d’arrêter Sékou dans sa villa de Bellevue se heurtera en effet à la seule opposition sérieuse rencontrée au cours de l’opération: des militants d’un mouvement indépendantiste qui combat le colonisateur portugais, le Parti africain de l’indépendance de la Guinée (future Guinée-Bissau) et du Cap-Vert (PAIGC), installés près de là, se croyant visés au premier chef par les assaillants, les harcèlent. Ceux-ci contre-attaquent. L’affrontement est meurtrier, mais pour pas grand chose: à Bellevue à cette heure-là, comme d’ailleurs plus tard à la présidence qu’il aura eu le temps de quitter, Sékou Touré est en effet introuvable. Il a disparu.

A 10 heures du matin, le 22 novembre, en tout cas, tout paraissait terminé, à l’avantage des agresseurs. L’informateur de Jeune Afrique conclut son récit en montrant comment, au cours de cette première étape des combats, les assaillants ont été frappés par l’apathie pour ne pas dire l’absence de l’armée, le manque de conviction de la milice et l’indifférence de la population. Les uns, dit-il, regardaient sans aucune réaction le va-et-vient des vedettes entre la côte et nos navires qui mouillaient au large. Nous avons pu dynamiter les vedettes de l’armée dans le port après avoir fait reculer la foule qui assistait au spectacle. Les douaniers n’ont pas bougé.

Le 22 novembre 1970, raconte le deuxième témoin, le capitaine Soumah, à 3 heures du matin, j’ai entendu des coups de fusils tirés à l’extérieur de mon bloc [du camp Boiro. J’ai pensé: des sentinelles ont pris peur et tiraillent. Vers 5 heures du matin, des armes automatiques, des fusils mitrailleurs certainement, se sont fait entendre par de longues rafales. Ces tirs ont été suivis par des explosions de roquettes et de grenades. J’ai entendu les pas d’un tireur sur le toit de notre baraque. C’est après cela que j’ai supposé qu’il y avait une attaque dirigée contre la prison. Vers 6 heures du matin, un homme de garde dont je reconnaissais la voix a crié qu’il était blessé par une grenade. Il s’est créé alors une panique. Aux environs de 7 heures du matin, j’ai entendu des hommes qui criaient très fort: Ouvrez les cellules, faites sortir les prisonniers, Sékou Touré est tombé, vive l’armée ! Personnellement, je me posais la question de savoir de quelle armée il s’agissait puisque je savais que l’armée guinéenne était pratiquement inexistante, surtout à Conakry.

Entre autres détails, le capitaine Abou Soumah confirme dans son récit l’arrestation du général Lansana Diané, qu’il retrouve, à sa grande surprise, assis par terre au milieu de la foule des prisonniers libérés. Les commandos s’apprêtaient d’ailleurs à exécuter le général Diané à coups de pistolet, quand Balla Camara, l’ancien gouverneur de la Banque centrale, libre depuis peu, intervint énergiquement pour qu’il ne soit pas tué. Parmi les hommes capturés alors aux mains des assaillants, Soumah dénombre cinq officiers et cinquante parachutistes.

L’officier rescapé donne ensuite de précieuses indications sur la risposte gouvernementale qui provoquera, pendant la journée du 22 novembre, la déroute des assaillants. Libéré du camp Boiro avec des centaines de détenus, il a le temps de se mêler un instant aux opérations et d’observer la situation. Les miliciens, enfin actifs, sont dispersés dans les quartiers et, encadrés par quelque deux cents Cubains, tiraillent un peu n’importe où et n’importe comment, faisant de nombreuses victimes civiles. Le pouvoir ne peut mobiliser qu’un seul char de combat sur les dix que possédait l’armée guinéenne. Vers 14 heures une contre-attaque des Cubains, renforcés par quelques miliciens, leur permet d’occuper l’enceinte de l’hôpital Donka en face du camp Boiro. La bataille se prolonge jusqu’à 17 heures. Les hommes qui avaient occupé le terrain, après avoir épuisé leurs munitions, décrochent par le portail, du côté ouest, sans pertes humaines. Ils tentent de retrouver leurs embarcations… et ils s’aperçoivent qu’elles ont pris le large. Les Cubains occupent alors le camp. Ils demandent aux familles des gardes républicains d’évacuer la caserne et d’aller s’installer à l’hôpital Donka. C’est dans la confusion qui s’ensuit que Soumah décide de s’enfuir et de quitter au plus vite la Guinée. Déguisé en marabout, il réussit à rejoindre la Sierra Leone, où il peut embarquer sur un avion.

Lire également sur ce sujet:

Guinée: Les premières heures de l’agression portugaise du 22 novembre 1970

Sékou Touré: « Tuez-moi mais ne me livrez pas au peuple »

 

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