La « confession » d’un garçonnet de 14 ans, à l’origine du « complot peul »

Sékou Touré s’est servi des complots, inventés de toute pièce ou présumés pour arrêter, humilier, torturer et massacrer sans discernement aussi bien la crème de la société moderne guinéenne que des citoyens lambda. Pour justifier ses desseins macabres, il a utilisé la calomnie, les mensonges, la radio télévision guinéenne et l’organe

Citoyen sénégalais fut prisonnier innocent au Camp Boiro de 1973 à 1978

du PDG, Horoya. Les peuls furent les victimes les plus nombreuses parce qu’ils constituent la partie la plus importante de la population. Avec le faux « complot peul », le régime atteignit l’abîme de la bassesse et le peuple de Guinée vécut les heures les plus pénibles de son histoire.  

Voici comment est né cet autre faux complot, comme l’explique Ousmane Ardo Bâ, un photographe sénégalais qui fut au Camp Boiro de 1973 à 1978. C’est donc un témoins direct des faits qu’il raconte dans son livre Camp Boiro. Sinistre geôle de Sékou Touré.

Une nouvelle hallucinante tomba en début d’après-midi sur les « téléscripteurs » et nous restâmes un bon moment perplexes sur le bien-fondé de cette information. Une demi-heure plus tard, un « Boiro-matin » la confirmera. Un garçon de quatorze ans venait d’être jeté dans les geôles de la cellule 56. C’était le très jeune

tous arrêtés et jetés au Camp Boiro.

La présence de cet enfant parmi nous bouleversera profondément les prisonniers. Certes, nous avions déjà un enfant, Daniel de Sainte Marie, fils d’une ancienne hôtesse de l’air arrêtée parce qu’elle aimait un Européen. Cet enfant était né dans ces terribles geôles et il vivait parmi nous. Tantôt il égayait la prison par ses chansons, tantôt il affligeait tout le monde par ses pleurs. Deux jours plus tard, nous fumes au courant du mobile de l’arrestation de cet enfant, du commandant de la brigade de Madina et de ses miliciens.

Lamarana Diallo était un gosse turbulent qui aimait fréquenter le marché de Madina. Un jour il trouva les miliciens endormis, il leur vola un de leurs pistolets qui traînait à côté d’eux. Quand Lamarana rentra à la maison avec son arme volée, sa mère s’en aperçut et lui demanda où il avait trouvé l’arme. « e l’ai ramassée dans la rue », répondit l’enfant. Prudente qu’elle était, mais surtout avertie des machinations de la Guinée, la mère conduisit son enfant, avec l’arme, au PRL (pouvoir révolutionnaire local) où elle remit l’arme volée en ville. Le secrétaire général fera parvenir un rapport au Comité directeur de la section, le Comité directeur fera un compte rendu à la Fédération et de la Fédération au Comité révolutionnaire.

Immédiatement le Comité révolutionnaire ordonna l’arrestation de l’enfant: pauvre gosse ! il sera d’abord conduit au poste X, l’annexe de la prison où étaient incarcérés des frontaliers, deux anciennes responsables politiques au niveau national et des jeunes femmes et des jeunes filles. C’est à partir de ce poste X que se tramera le processus de la machination de ce qu’ils appelleront le « Complot de Diallo Telli« . En effet, le capitaine Siaka Touré comblera cet enfant de cadeaux, de jouets et de bonbons en lui disant: « Nous savons que ce sont des grandes personnes qui t’ont armé pour que tu tues le président le 14 mai, lors du défilé au stade du 28 septembre ». Parmi ces grandes personnes on compte:

L’enfant, qui ne savait pas la tragédie qui se préparait, donna son accord au capitaine Siaka Touré. Ainsi, chaque matin, l’enfant partait au bureau du Comité révolutionnaire pour apprendre par coeur son aveu. Chaque fois qu’il revenait du siège du Comité révolutionnaire pour regagner le couloir du pavillon 5 où il était étroitement surveillé par le garde-chiourme, les adjudants-chef du Comité révolutionnaire donnaient de l’argent à l’enfant et demandaient aux geôliers d’aller acheter tout ce que désirait le gosse.

Avec les jours qui passaient, le Comité révolutionnaire perfectionnait l’aveu du jeune Lamarana Diallo et au fil des jours la liste noire qui accompagnait cet aveu s’allongeait. Chaque jour des arrestations s’opéraient parmi les petits miliciens de Madina. Après quelques jours d’interrogatoire, ces pauvres serviteurs de la Révolution devenaient des  « ennemis » du peuple, chacun d’eux avait reconnu sous la torture être complice du jeune Lamarana, ce jeune tueur à gage que personne n’avait jamais connu, cet enfant qu’un regrettable hasard avait conduit auprès d’un pistolet dont le propriétaire avait été vaincu par le sommeil, après avoir veillé toute une nuit. Certes, ils continuaient à servir d’une autre manière la Révolution. Grâce à eux, nous connaîtrons ce qui se passait à l’interrogatoire. Tous devaient dire qu’ils étaient engagés par de hauts responsables politiques pour liquider physiquement le président Ahmed Sékou Touré.

Au mois de mai, avant le 14, date de l’anniversaire du parti démocratique de Guinée, comme d’habitude, le Comité révolutionnaire lança les rumeurs selon lesquelles il venait de découvrir un complot visant à renverser le régime guinéen.

De son côté Diallo Amadou avait accepté d’être un élément du front anti-guinéen. Ce garçon avait d’ailleurs déclaré à des prisonniers être un opposant au régime et par conséquent, perdu pour perdu, il coopérera avec les inquisiteurs pour faire arrêter le plus grand nombre de hauts responsables dans l’espoir que cela entraînerait un soulèvement du peuple. Après plusieurs entrées et sorties du bureau du capitaine Siaka Touré, avec l’aide du Comité révolutionnaire, ils arrangèrent une déposition terrifiante, dans laquelle furent révélées les activités du front anti-guinéen. Selon cette déposition, Diallo Telli était le principal dirigeant du « Complot » des racistes foulahs.

….

Samedi 17 Juillet 1976.

Dès après la relève de quinze heures, le vacarme des geôliers emplit la prison. Il fallut évacuer immédiatement les deux bâtiments 47 et 61 aux portes métalliques. Les malheureux prisonniers croupissant dans ces lieux furent obligés de quitter les locaux pour céder la place aux nouveaux prisonniers qui devaient être arrêtés le soir même. Les épaves qui étaient avec eux à « l’hôpital » en train d’attendre cette mort que nous cachaient les geôliers furent traînés dans d’autres cellules. Seules les deux femmes de la prison, Fatou Touré et Diédoua Diabaté , furent épargnées dans ce branle-bas. Dans les autres cellules aussi, les prisonniers furent regroupés pour faire de la place. Peu importait le nombre de prisonniers qu’on devait entasser dans une cellule, l’essentiel était d’enfermer tout le monde.

Avec regret, je quittai la cellule 13 où je ne me lassais pas de lire la confession d’Ashkar Maroff.

Je ne me suis rendu compte de l’injustice régnant en Guinée
que lorsque j’ai été foudroyé par cette redoutable injustice…

Ainsi, je rejoignis la cellule 8 où étaient incarcérés trois prisonniers arrêtés en 1971. Des reclus rompus à la vie des geôles et connaissant parfaitement le Camp Boiro ou camp de la mort.

Après le déménagement, tous les « télex » demandèrent aux « guetteurs » de se mettre à l’affût car nous étions convaincus que l’opération Diallo Telli devait démarrer le soir-même.

Partant de ce macabre montage, Sékou Touré, lors d’un discours du 22 aout 1976, s’en est pris violemment à l’ethnie peule qui constitue environ 40 pour cent de la population du pays, attribuant à ses membres meme la responsabilité du mauvais état des routes dans la capitale. Il leur déclara la guerre et interdit aux jeunes de cette ethnie l’octroi de bourses pour les études supérieures, sous le prétexte qu’après leurs études ils ne retournaient pas en Guinée. Pourtant, ils n’étaient pas les seuls à choisir l’exil à cause de la situation politique dans le pays. Pendant cette période, même en transit sur des vols internationaux, les fonctionnaires internationaux que j’ai rencontrés évitaient de faire escale à Conakry.

Malheureusement, pendant cette période horrible de la révolution, les enfants furent utiliser comme prétextes pour faire arrêter leur parents. Un ami, qui a vécu cette période à Conakry, me dit que des membres de la milice leur faisaient voir dans les écoles des billets en francs français ou en dollars pour leur demander s’ils les avaient jamais vus avec leurs parents. Les familles des gosses qui avaient innocemment répondu par l’affirmative étaient fichées pour de prochains « complots ».  

Notes:

Dans le Camp Boiro, il était interdit aux prisonniers de communiquer entre eux. Mais ceux-ci avaient inventé des moyens de se passer les informations que Ousmane Ardo Bâ, l’auteur du livre Camp Boiro. Sinistre geôle de Sékou Touré, a dénommé: téléscripteurs, Boiro-matin et télex et guetteurs

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3 réflexions au sujet de « La « confession » d’un garçonnet de 14 ans, à l’origine du « complot peul » »

  1. Cher ami Cheick, si à partir de ce tissu de mensonges le régime n’avait pas bâti les bases pour mettre la plus horrible campagne de disparitions, d’arrestations, d’humiliations et de tueries des meilleurs cerveaux du pays et semé la graine de la haine entre les différentes composantes de notre peuple, j’aurais dit moi aussi « c’est regrettable ». Les conséquences de cette odieuse campagne, restée impunie, est le recul de la Guinée dans tous les domaines.

  2. ce sékou touré était vraiment un homme sans sentiment.faire emprisoner ls enfants mineurs c’est terrible.
    ce Mr était un sorcier.

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