Cheik Fanta Mady Kaba « Le peuple de Guinée souffrira sous ta botte »

Chaque année le 2 octobre, où que nous soyons sur cette planète nous ne pouvons pas ne pas nous rappeler la signification de cette date pour notre peuple. Elle aurait pu être une fête nationale pour tous les guinéens, mais pour beaucoup c’est une journée de deuil. Journée de deuil parce que celui à qui nous avions confié notre sort nous a trahis. Sékou Touré qui nous avait promis la liberté dans la pauvreté, nous a rempli de discours bidons, en confisquant notre liberté et nous faisant mourir de faim ou en nous forçant à l’exil.

Le billet d’aujourd’hui traite d’une vision de Cheik Fanta Mady Kaba de ce que l’avenir nous réservait. Il est tiré du livre du Lieutenant-colonel Camara Kaba 41, intitulé Dans la Guinée de Sékou Touré

2 Octobre, fête nationale de la Guinée, diversement célébrée.

: cela a bien eu lieu, qui m’a déjà servi. C’est une histoire que j’ai entendue plusieurs fois en Guinée, sans trop y prêter attention. Mais, je vous la livre, sans commentaires ultérieurs.

La scène qui précède s’est passée au milieu de l’année 1971. Nous avons fait un pas en avant, lecteurs ; faisons deux pas en arrière pour mieux saisir les douloureux événements des années 1970 à 1980 en Guinée. Le Talibé Fodé Sylla, disciple du grand Saint de Kankan, le Cheik Fanta Mady Kaba, fit entrer deux hommes auprès de son illustre maître.

C’était une après midi de 1954. Le maître était seul, dans sa case, assis sur son tapis, chapelet en main. Ces deux hommes étaientSékou Touré et Béavogui Louis Lansana. Après les salutations d’usage, Sékou entra dans le vif du sujet.
— Homonyme 2, je suis venu te voir afin de m’aider à être le Chef de notre pays après en avoir chassé les Blancs. Je suis venu recevoir ta bénédiction.
— C’est tout ? demanda le sage.
— C’est tout, Homonyme.

Cheik Fanta Mady Kaba baissa la tête ; assis jambes croisées, il pivota à gauche, fit face à l’Est, leva les bras, les écarta. Sur tout le mur, un panorama effroyable, incompréhensible pour les visiteurs, se dessina.
— Voyez-vous ? questionna le Saint homme.
Les deux hommes s’approchèrent et virent l’image hideuse.
— J’ai vu, dit Sékou, comme s’il était seul.
— Mais, qu’est-ce que c’est ? poursuivit-il.
— C’est un fleuve de sang et de flammes. C’est ton règne que Dieu nous montre là. Les Blancs vont quitter notre pays, tu les remplaceras. Mais comme tu le vois, du début à la fin de ton règne, il y aura du sang et du feu. Le peuple de Guinée souffrira sous ta botte. Il y aura des morts, des maladies, la famine et des désastres. Tu acceptes, Homonyme ?

— Oui, oui ! se pressa de répondre Sékou Touré, à la fois heureux et médusé. Sous leurs yeux, le monstrueux fleuve coulait roulant des eaux rouges enflammées comme si, à son amont, un pétrolier géant avait éclaté et pris feu. L’image était tellement vivante que de grosses fumées noires tourbillonnantes semblaient sortir du toit de la case.

— Tu acceptes ? insista le Saint, tristement ; tu n’es pas obligé, Homonyme.
— J’accepte ! dit Sékou Touré, fermement.
Ses yeux lançaient des flammes, à côté de lui Béavogui, bouleversé, bouche bée, regardait son ami, indécis. Le Talibé, seul témoin, avait une mine grise.
— Couche-toi ! ordonna ce dernier à Sékou.

La scène disparut en même temps du mur. Sékou s’étala devant le Cheik.
— Tends la main ! ajouta le Talibé.
Sékou, étendu de tout son long devant son homonyme, tendit la main. Le Talibé posa son pied gauche sur les reins de Sékou, lui prit la main et la mit dans celle du Saint.
— Tu peux te lever, Homonyme. Mais Sékou resta étendu et implora.
— Bénis-moi, Homonyme.
— Tu n’en as pas besoin, lui dit-il, triste. Heureusement pour moi, je ne serai plus de ce monde quand tu auras le plein pouvoir. Je n’aurai pas la force d’assister à la désolation de mon peuple sous ton règne.

Le grand marabout reprit sa position initiale et son chapelet. Les deux visiteurs prirent congé et s’en allèrent. Le Cheik Fanta Mady Kaba mourut en 1955 avant l’indépendance de la Guinée.

Le grand chef religieux avait vu juste. Un fleuve de sang et de larmes se déversa sur la Guinée. Des milliers de personnes furent arrêtées, torturées et tuées sans raison.Nous continuons à en payer encore les conséquences et ce ne sont pas ces élections législatives qui constitueront la solution finale car le pouvoir les as tronquées, pour la énième fois.

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