Guinée: Il ne s’appelait pas Camp Boiro, lieu de torture et de mort

Cette année le 28 septembre coïncide avec des élections dans un climat de fortes tensions alimentées par l’annonce d’un coup d’état qui serait organisé depuis l’extérieur avec une implication de personnalités peules. Des rumeurs de la présence d’individus armés dans les villages du Fouta-Djallon contribuent à exacerber le climat de tension et à réveiller les vieux démons de la première république. Peut-etre que le Président Alpha Condé qui cherche avec beaucoup d’application à tenir sa promesse de continuer l’oeuvre néfaste de Sékou Touré, va-t-il trouver son Camp Boiro? Pour mémoire, voici l’histoire de ce sinistre camp où des dizaines de milliers de victimes innocentes ont perdu la vie après avoir subi des tortures de toute nature. 

L’extrait pour ce billet est tiré du livre de Almamy Fodé Sylla, L’itinéraire sanglant. Ce livre présente entre autres intérêts le fait de citer plusieurs noms de victimes. Ce qui pourrait aider leurs descendants pour savoir comment elles ont été éliminées par le régime sanguinaire du PDG.

Un billet lui sera réservé dans les jours à venir.

Voici ce qu’il a écrit à propos de l’historique du Camp Boiro:

En construisant en 1944 le Camp de Camayenne ou Camp des gardes-cercles, le gouverneur de la Guinée française, Jacques Fourneau (25 mars 1944 – 30 avril 1946), ne pensait pas que son oeuvre, si utile au départ, servirait un jour (16 ans plus tard) à détruire la vie de milliers de guinéens et guinéennes tous innocents les uns que les autres. En effet, de retour d’une mission de bonne volonté en Chine et au Viet-Nam, la délégation guinéenne insiste auprès du

Planimétrie du Camp Boiro, avant sa modification. Source campboiro.org
Planimétrie du Camp Boiro, avant sa modification. Source campboiro.org

Chef de l’Etat sur la nécessité de créer un camp d’internement et de tortures pour servir d’épée de Damoclès au régime de terreur mis en place par le Parti unique, le P.D.G. Le choix fut porté sur le camp des gardes-cercles, dont les agents assureraient sans difficultés la garde des futurs prisonniers politiques. Les travaux de construction de cette gigantesque prison comptant onze bâtiments principaux furent engagés et terminés en 1960 sous la surveillance du Ministère de la Défense et de la Sécurité.

  1. Bâtiment abritant les bureaux de la Commission d’enquête.
  2. Tête de mort : où les détenus sont parqués comme des animaux. Ils y meurent par dizaine tous les jours.
  3. Poste X : autre lieu de regroupement, d’entassement des pauvres détenus que la mort enlève par pitié mettant ainsi fin au supplice des malheureux.
  4. Cabine technique : avec ses appareils de torture.
  5. Bâtiment administratif à l’intérieur du Bloc : où sont entassés les effets volés aux domiciles des détenus au moment de leur arrestation.
  6. Bâtiment no. 5 : métallique comprenant 16 cellules d’un mètre de large sur deux de long, numérotées de 47 à 62.
  7. Bâtiment no. 6 métallique comptant 14 cellules de 63 à 76.
  8. Bâtiment no. 4 portes en bois massif réunissant 16 cellules de 31 à 46.
  9. Bâtiment no. 2 portes en bois massif avec 10 cellules de 11 à 20.
  10. Bâtiment no 1 : portes en bois comptant 10 cellules de 1 à 10.
  11. Bâtiment no 3 : portes en bois comprenant 10 cellules de 21 à 30.
Détail du Camp Boiro. Les cellules où l'avenir du pays a été hypothéqué par la torture et le massacre des meilleurs fils de la Guinée.
Détail du Camp Boiro. Les cellules où l’avenir du pays a été hypothéqué par la torture et le massacre des meilleurs fils de la Guinée.

En attendant les résultats des travaux de la commission nationale d’enquête, nous sommes en droit de supposer que le Parti Social Démocrate allemand et son leader Adolf Hitler ont créé plus de camps de concentration avec des moyens de destruction de l’homme plus perfectionnés, et tué plus d’hommes, de femmes et d’enfants que les cas qui nous préoccupent, cependant Sékou Touré et son P.D.G. n’ont pas fourni moins d’effort dans la compétition sanglante.

A la chute du nazisme, l’humanité a été scandalisée devant 5 phénomènes ssentiels :

  1. La cruauté de l’équipe nazie
  2. La monstruosité des crimes commis à l’échelle internationale
  3. La perfection des machines de destruction
  4. La détermination d’un groupe de racistes à supprimer des races entières
  5. L’existence trop longue (3 à 4 ans) de ces camps de la mort, dont la nouvelle de la tragédie n’a point filtré jusqu’à leur destruction par les forces alliées.

Si l’on perd le souffle devant les horreurs de quatre ans, c’est possible qu’on meure en apprenant tout ce qui s’est passé à Boiro et… pendant 24 ans…

En étudiant le mécanisme de fonctionnement de cette machine infernale, l’on saura pourquoi le mystère a trop longtemps entouré le Camp Boiro (1960-1984, soit 24 ans de silence).

De son avènement à sa mort, Sékou Touré a usé d’une seule technique pour s’imposer au peuple de Guinée. Cette technique est celle de la violence, appuyée sur la mobilisation de citoyens marginaux (voyous sans adresse, femmes ambitieuses, fainéants de tous bords).

Les premières manifestations de cette violence datent de février 1955 pour se poursuivre en octobre 1956, en avril 1957 et en mai 1958 à Conakry entre les formations de choc du P.D.G. (Parti Démocratique de Guinée) créé le 14 mai 1947, comme section guinéenne du R.D.A. (Rassemblement Démoratique Africain dont Félix Houphouët-Boigny est le Président depuis sa constitution à Bamako en 1946) et les militants des autres partis politiques du territoire. Ces bagarres ont fait beaucoup de morts (200 morts la nuit du 2 mai 1958 à Conakry).

Ces victimes, déjà anonymes, dont le souvenir doit être associé à celui de toutes les autres victimes jalonnant l’histoire du P.D.G., doivent être recensées pour une meilleure comparaison entre Hitler et Sékou. Le travail de statistique ne sera pas aisé car, toutes ces innocentes victimes des bagarres entre partisans, n’ont subi aucune forme de détention. Elles ont été purement et simplement massacrées dans leurs maisons ou pourchassées et égorgées dans les rues de Conakry. Certains cadavres furent rassemblés à la morgue de l’hôpital Ballay, mais d’autres ont été jetés dans des puits inutilisés et à la mer. Que le Tout-Puissant Allah ait l’âme de ces sacrifices de la liberté.

Pour le peuple de Guinée et pour tous ceux qui s’intéressent à son histoire, ces violences étaient le fait d’un homme aux fins d’une politique sanglante du début à la fin. C’est à partir de la fusion réalisée des principaux partis politiques et de la proclamation de l’indépendance le 2 octobre 1958, cette situation nouvelle rendant impossible ce prétexte de violences incontrôlées, que le nouveau secrétaire général du P.D.G., Sékou Touré trouvera un nouveau cheval de bataille qu’il appellera le complot permanent.

En effet, plus de vingt complots ont ravitaillé les Camps Boiro, Alpha YayaKindia et Kankan.

Notre propos n’est pas de décrire chacun de ces complots qui ont présenté les mêmes caractéristiques générales mais, pour saisir le sens de la démocratie, de la liberté Sékou Touréennes, un résumé substantiel de ces fameuses manifestations, fruit de l’imagination fertile d’un groupe hitlérien, est nécessaire.

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