Guinée: Barry Diawadou, homme clef de l’indépendance guinéenne

Dans les prochaines célébrations du 55ème anniversaire du choix historique du peuple de Guinée pour l’accès à l’indépendance de notre pays, le 28 septembre 1958, auront bientôt lieu, avec des chants et des danses sur tout l’étendue du territoire national.

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Moment de recueillement des parents et amis des victimes dans des fosses communes sur le mont Kakoulima. Photo Association des victimes du Camp Boiro

Avec la récentallocation de fonds publics au Parti démocratique de Guinée, le dictateur Ahmed Sékou Touré sera encore encensé, alors que ses milliers de victimes seront oubliées, parmi elles, tous les leaders des partis politiques qui avaient oeuvré pour que le peuple de Guinée choisisse de voter « NON » au référendum proposé par le Général de Gaulle, seule parmi toutes les colonies françaises d’Afrique.

Pas un mot ne sera prononcé pour commémorer les Barry Ibrahima, dit Barry III, ni Barry Diawadou, comme tant d’autres, qui gisent tous dans des fosses inconnues de leurs familles, après avoir été couverts de mensonges, arrêtés, humiliés, torturés et ont eu leurs biens confisqués. Aucune tentative de réhabilitation à leur égard n’a été initiée, alors que leur bourreau est glorifié. Dans ce billet, je vais traiter de Barry Diawadou, un autre article sera réservé à Barry III.

Diplômé de l’Ecole Normale William Ponty de Gorée, section administration, il participa à la 2ème Guerre mondiale et obtint le grade de Sergent chef. Il fut élu député plusieurs fois à l’Assemblée nationale française. Dans un article publié sur le site laplumeplus.canalblog.com, Mody Boubakar Diallo écrit:

…. il fut le premier leader guinéen à donner le mot d’ordre à ses militants de voter ‘’ Non’’ au référendum proposé par le général De Gaulle, en vue d’une indépendance de la Guinée. Par ailleurs, il fut le premier leader à renoncer à tous les avantages dont il bénéficiait auprès de la France à savoir: Sa pension d’ancien combattant, ses biens matériels, sa pension de député à l’assemblée nationale française, sa nationalité française, tout ceci dans le seul but de favoriser l’accession de son pays à l’indépendance totale par patriotisme. En plus de tout cela, en 1959, quelques mois après l’indépendance, il refusera fermement l’offre de la France , de mettre à sa disposition de l’argent et une armée, pour un vote en faveur du « oui » évitant ainsi un bain de sang à son peuple. A noter que Barry Diawadou sauva de justesse le président Sékou Touré en lui recommandant de refuser de monter dans l’avion militaire devant le conduire à Dakar. La raison était très simple, les français voulaient le larguer en haute mer après son discours du 25 août 1958 à De Gaulle.

Dans son livre intitulé Guinée. Le temps des fripouilles, Sako Kondé le décrit ainsi, en citant une phrase de Sékou Touré :

“Un homme d’une honnêteté intellectuelle et d’un sens du bien public exemplaires. Certains ont pu dire de lui qu’il était « trop droit pour réussir en politique ». C’est sans doute, vrai… Beaucoup d’entre eux se souviennent de cette entrevue qu’il eut avec Sékou Touré à la veille du référendum : celui-ci vint le trouver pour lui dire en substance : « Le sort de la Guinée est entre tes mains ; tout dépendra de toi … « 

Dans son livre Expérience guinéenne et Unité africaine ,Sékou Touré, avant sa dérive autoritaire totale, a écrit:

 A l’avance, je vous dirai que chez ce camarade nous avons constaté une parfaite loyauté.

Barry Diawadou, Barry Diawadou, sans lui la Guinée n'aurait jamais été indépendante. Il contraint à creuser sa sa propre tombe. Source campboiro.org
Barry Diawadou, sans lui la Guinée n’aurait jamais été indépendante. Il fut contraint de creuser sa sa propre tombe. Source campboiro.org

Sako_Kondé nous décrit la situation politique qui prévalait en Guinée et son évolution, juste après son accession à  l’indépendance:

A la veille du référendum il y avait, outre la section guinéenne du R.D.A., deux principales formations politiques minoritaires : le Bloc Africain de Guinée (B.A.G.) et le Mouvement Africain Socialiste (M.S.A.), dirigées respectivement par Barry Diawadou et Barry Ibrahima dit Barry III, tous deux assassinés depuis par leur ancien adversaire. L’« accord » entre ces deux partis et le P.D.G. intervint dans les tout premiers jours de l’indépendance. Sékou Touré pouvait alors exulter et déclarer que « notre peuple avait » transcendé les contradictions mineures qui le divisaient en de nombreux partis politiques » ; et que leur « unité » « donnait à l’option de la Guinée son entière signification politique et morale ». La population venait de rejeter la Communauté à plus de 94 %, conformément aux consignes concordantes de tous les dirigeants de parti. Mais s’agissait-il véritablement d’accord, d’unité ? Les faits n’allaient pas tarder à montrer que cette obscure convention entre états-majors n’était rien d’autre que l’arrêt de mort des partis minoritaires. Certes, leurs deux dirigeants étaient entrés dans le gouvernement P.D.G. Mais, en pratique, ils étaient désormais coupés de leur base, laquelle fut, en quelque sorte, aussitôt phagocytée par le parti unique. Et, déjà, le chef de cette dernière formation fourbissait ses armes et construisait, pièce par pièce sa machine à asservir.

Et d’ajouter à son analyse de la fourberie et des tendances dictatoriales de Sékou Touré, qui profita de la bonne foi ces deux dirigeants nationalistes:

…. Barry Diawadou est tombé victime d’un adversaire (Sékou Touré) bien plus à l’aise dans les marécages de la basse « politique politicienne » que sur le chantier de la construction nationale. L’histoire sait jouer des tours révoltants où l’on voit les tricheurs, les ignares, prendre le pas sur les honnêtes, les capables. Ce fut bien à un de ces tours qu’on assista en Guinée dans les premiers jours de l’indépendance. Que retenir de tout cela ?

Le site campboiro.org décrit l’acharnement de Sékou Touré contre Barry Diawadou et sa famille. Son père, ses frères, un de ses fils, deux neveux et un gendre connurent la prison. Tout comme lui,  son frère n’en survivra pas.

Camara Kaba 41, dans son livre Dans la Guinée de Sékou Touré : cela a bien eu lieu, nous donne une description à faire venir faire couler les larmes, même après tant d’années:

Ils étaient méconnaissables avec leur maigreur extrême et surtout avec leur barbe de plusieurs mois. A gauche de Fodéba, son ami Fofana Karim, ministre des Mines et de la Géologie. Kaman était à l’extrême droite. Il creusait sa tombe sous les baïonnettes de ses soldats d’hier. Depuis 2 heures du matin, ces infortunés creusent. A 4 heures 15 le trou du plus vaillant arrivait tout juste à ses genoux.

Dans les célébrations du 55ème anniversaire de l’indépendance, il n’y aura que les parents et amis pour se rappeler de ces illustres disparus. Avec les fausses accusations montées de toute pièce et la manière dont ces dignes fils de Guinée ont été éliminés, le cynisme et la folie meurtrière aveugle du dictateur Ahmed Sékou Touré ont atteint des sommets ignobles.

12 réflexions au sujet de « Guinée: Barry Diawadou, homme clef de l’indépendance guinéenne »

  1. Je trouve très bien documenté ce billet sur le blog.
    Il est exact que les victimes sont totalement passées sous silence depuis lamort de Sékou Touré.

    Par ailleurs,les charniers et fosses communes étant le plus souvent des terrains militaires, comment faire pour récuper les ossements des nôtres et les faire enterrer dignement ?
    Nadine Bari

  2. Ces gens la ont fait une erreur qui a coute cher a des millions de gens plus particulierment la communaute peulh. Pourquoi n’a t-il pas laisser les Francais larguer Dourou boucher, ils ont manqué de vision et nous en souffrons toujours les consequences. Parfois il faut reflechir par la tete et non par le Coeur.

    1. Sanoussy, je dois avouer que tes conclusions sont avancées par de nombreuses personnes. Je dois pourtant que c’est mon intime conviction qu’au moment de leur choix de rompre le joug de la colonisation, bien avant le bourreau, les dirigeants de tous les partis existants à l’époque pensaient faire le meilleur choix pour leur pays. C’était des intellectuels nationalistes qui avaient fait preuve de leur attachement pour le progrès de leur peuple.

      Barry Diawadou, en particulier, dans les rangs des partis de gauche auxquels il était affilié à l’assemblée nationale française, s’était battu pour la parité des employés de l’état dans les colonies avec ceux de la métropole, pour la création de centres de formation en Guinée, notamment pour la création d’une école normale à Macenta, etc. Il a renoncé à tous les avantages acquis en sa qualité d’élu français pour la liberté de son peuple.

      Lui, comme les autres, ne se serait jamais attendu que leur compagnon de lutte les aurait trahis à ce point? Eux qui voulaient la liberté, auraient-ils trahi leur peuple en le plongeant dans ce cauchemar que fut le régime dictatorial de Sékou Touré?

      Personnellement, je ne le pense pas.

    2. Pourquoi ramener tout aux peulhs? En parcourant cette liste on voit toutes les ethnies et toute personne qu’elle soit malinké, peulh, soussou, toma, guerzé, kissi, mikiforè, baga, nalou, landouma, dialonkè,….. qui se mettait à travers sa soif de diriger était un obstacle à éliminer pour le PDG RDA.
      Que leur âme repose en paix. Amen!

      1. Je suis tout à fait d’accord que la folie meurtrière de Sékou Touré a sévi dans toutes les ethnies et régions, à commencer par Faranah. On n’avait pas besoin de se mettre au travers de cette furie. Moi- même, jeune étudiant en vacance en 1964, le jour même de mon arrivée à Conakry, après 2 ans d’absence pour étude en Italie, j’ai été emmené au Camp Boiro, à cause d’un simple contrôle d’identité sur le seuil de ma porte. Arrivés au Camp Boiro, c’est au moment où, les miliciens étaient entrain de prendre nos noms pour nous faire entrer dans nos cellules que mon père est arrivé et a réussi à me délivrer.

        Je voudrais attirer votre attention sur le fait que c’est Sékou Touré lui-même qui a qualifié Barry Diawadou d’homme clé de l’indépendance guinéenne, si c’est cette affirmation qui vous porte à vous demander pourquoi « ramener tout aux peuls ». Ou bien ne feriez-vous pas partie de ces jeunes qui, tout en traitant les autres de raisonner à partir de leur appartenance ethnique dans tout débat politique en Guinée, le font plus que quiconque?

  3. Pourquoi ramener tout aux peulhs? En parcourant cette liste on voit toutes les ethnies et tout personne qu’elle soit malinké, peulh, soussou, toma, gueré, kissi, mikiforè, baga, nalou, landouma, diaonkè,….. qui se mettait à travers sa soif de diriger était un obstacle à éliminer pour le PDG RDA.
    Que leur âme repose en paix. Amen!

    1. Est-ce que vous avez lu l’article? Il ne s’agit nullement d’une question d’ethnie. D’ailleurs l’auteur du livre d’où j’ai extrait le texte n’est pas peul. Lisez le billet pour que l’on puisse continuer la discussion car d’après votre conclusion j’ai l’impression que vous n’êtes pas de ceux qui, rien que pour leur appartenance ethnique, sont prêts à défendre même le diable.

    2. Merci Traoré! Je pense que votre homonyme a parcouru en vitesse l’article. C’est ce qui expliqu’il n’a pas remarqué que c’est un Camara qui a écrit le livre d’où j’ai extrait e billet.

  4. Merci beaucoup Mr. Bah pour les articles. J’ai 22 ans et je pense ma generation ne connais pas grand a l’histoire de la Guinee. Mon grandpere a passé 8 ans au camp Boiro et je me sens mal de n’avoir jamais pris le temps de parler de son experience dans cet enfer.

    1. Yasmed, au cours de cette période sombre de notre histoire nous sommes nombreux à avoir perdu au moins un membre de la famille. Malheureusement, même l’opposant historique devenu Président n’a pas jugé utile de poser des actes sérieux pour la réhabilitation de ces martyrs. La plupart des autres présidents ayant été complices de ces meurtres avaient peut-être des raisons personnelles pour que la vérité n’éclate pas au grand jour parce qu’ils avaient la conscience sale, mais lui se prétend professeur de droit et ancien condamné à mort. On s’attendait à un peu plus de sa part sur ce dossier.

      Le devoir des jeunes générations est de se battre pour faire la lumière sur cette période tragique et procéder à la réhabilitation de ces victimes innocentes.

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