Cambodge: Mon amour et mon admiration pour les cambodgiens

L’autre jour, je faisais la sieste en écoutant une radio française à Nice quand mon attention a été capturée, en particulier, par une jeune fille qui intervenait depuis le Cambodge. Elle a décrit avec une voix pleine d’émotion comment les Cambodgiens commençaient à peine à sourire plus parce qu’ils découvraient la liberté après le règne de la terreur des Khmers rouges. Je connais le Cambodge, j’y ai vécu pendant un an, de juin ’92 à juin ’93. Dans la mission de l’ONU pour la paix, l’Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge (APRONUC). J’étais adjoint au chef des opérations électorales dans la province de Kandal, c’est celle  qui entoure la capitale Phonm-Penh. J’étais chargé de l’éducation civique, de la formation du personnel électoral et des relations avec les médias. A ce titre, j’ai beaucoup voyagé pour visiter chaque district de la Province.

Logo de l'APRONUC. Photo de Poohgun - junmon sur wikimedia.org
Logo de l’APRONUC. Photo de Poohgun – junmon sur wikimedia.org

Ce qui a frappé tous les membres de la mission que j’ai connus, c’est la capacité des cambodgiens de se réadapter, leur joie de vivre et leur grand amour pour les fêtes. Les célébrations des mariages ou des baptêmes commençaient à 4 heures du matin et pouvaient durer toute une semaine. Les routes étaient bloquées pendant tout ce temps, avec des tentes qui les couvraient, souvent d’un trottoir à l’autre. Les hauts parleurs ou les orchestres jouaient à tout volume de la musique, empêchant les riverains de dormir. D’ailleurs, les habitants de Phnom-Penh, même en semaine, préfèrent se lever très tôt pour travailler, profitant ainsi au maximum des heures les moins chaudes de la journée.

Pourtant, lorsque nous sommes arrivés, il n’y avait pratiquement ni bar, ni restos et peu d’appartements ou villas à louer. Le peu d’endroits où on pouvait manger, fermaient à 18 heures! Parmi nous, de nombreuses personnes vivaient et travaillaient dans des containers aménagés par l’ONU, même dans la capitale. Et comme il n’y avait pas ni eau courante ni électricité, vous pouvez imaginer le bruit que faisaient les générateurs.

Au bout de quelques mois, il y avait des restos et boites de nuit qui travaillaient toute la nuit, des apparts ou villas à des prix de plus en plus réduits. Au moment de mon départ, j’ai même été invité à un restaurant à 6 heures du matin, par le personnel qui travaillait avec moi. Je pensais pour un petit déjeuner. Quel ne fut mon étonnement de voir que le resto était plein et les gens mangeaient des soupes, du poulet et des steaks ! Le personnel des restaurants n’étant pas formés pour servir du personnel international, lorsqu’on commandait dupoulet ou du canard, il était servi entier!  Je veux dire que c’est le client qui devait le découper. Et dans les premiers temps, le client devait faire ce travail sans couteau ni fourchette. Pour les boissons, toutes les cannettes ou les bouteilles vides jonchaient les tables jusqu’au moment de payer, pour éviter des discussions. L’ami norvégien avec lequel j’avais allé depuis Vienne, où nous travaillions, lui à l’agence pour l’énergie atomique et moi à l’ONUDI, on pouvait finir une douzaine de bière, Tiger, importée des Philippines ou de Thaïlande. Vous pouvez imaginer comment la table la plus proche qui accueillait nos victimes!

Ils sont toujours prêts à rire. Ils ont une vingtaine de jours de fêtes officielles, chômées, dont celle de la musique, de la Journée de la Francophonie, des Accords de Paris, de l’anniversaire ds Sa Majesté, le roi, son Altesse royale, la reine, la St Valentin, etc. Leur amour pour le théâtre comique m’a permis de louer les services de troupes théâtrales pour faire passer les messages sur la démocratie, l’importance du vote et le caractère totalement secret de cet exercice. C’est dans ce cadre que j’ai collaborait avec les organisations des droits humains locales, en particulier avec la LICADHO (Ligue Cambodgienne pour la Promotion et la Défense des Droits de l’Homme) de Mme Calabrù. On n’avait plus l’impression que ce peuple avait vécu les horreurs de la dictature des Khmers rouges.

English: View of the Buddhist temple Wat Botum...
Vue du temple bouddhiste Wat Botum Vattey. Phnom Penh, Cambodge. Juillet 2011. (Photo credit: Wikipedia)

Ils étaient accueillants et souriants avec nous. A plus d’une occasion, des gens inconnus m’ont arrêté dans la rue pour me remercier d’être allé les aider à sortir du drame dans lequel ils se trouvaient.Ils nous ont rendu le service pour nos efforts en participant activement aux activités de la mission, malgré les menaces des Khmers rouges. Un jour, nos informateurs m’avaient mis en garde de ne pas aller pour une conférence que je devais tenir dans le cadre de l’éducation civique car d’après eux, il y avait des menaces contre nous. Moi, j’ai dit que je devais y aller également, mais si parmi le personnel local il y avait des collègues qui ne ovulaient pas y aller, ils étaient libres de refuser. Nous sommes tous allés.

Mon interprète, un ancien instituteur qui parlait parfaitement le français et qui avait longtemps vécu dans un camp de réfugiés en Thaïlande, m’a dit de ne pas m’en faire. Au cas où il y aurait une attaque, ils étaient prêts à donner leur vie pour moi. Cette abnégation, partagée entre eux et au sein de la population, a eu comme résultat lors des élections d’enregistrer un taux de participation de 98 pour cent, avec au total entre bulletins nuls et blancs cumulés de 2 pour cent, dans notre province. Nous enregistrâmes un des deux meilleurs résultats du pays.

J’ai eu donc une perception tout à fait différente de votre correspondante. Les Accords de Paris, mettant fin à la guerre civile, ont été signés en juillet 1991. La population du Cambodge comptant près de 55 pour cent de jeunes de moins 20 ans, je pense que fille a été un peu trop influencée par les conversations avec des personnes agées qui n’ont pas encore fini de faire le deuil des prsonnes perdues durant la dictature.

Advertisements

2 réflexions au sujet de « Cambodge: Mon amour et mon admiration pour les cambodgiens »

  1. J’imagine la grande satisfaction que tu as d tirer de cette passionnante mission au Cambodge en 1992, faire oeuvre de renaissance au milieu d’un population si ractive, du bonheur assurment.

  2. De toute ma carrière aux Nations unies, cette page fut la plus belle. Je m’y suis senti vraiment utile et au centre du monde. C’était la plus grande mission de peakeeping de l’histoire de l’ONU et les résultats ont été conséquents, en mettant un point final à une longue et douloureuse histoire de ce peuple à la longue histoire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s