Guinée: Pages douloureuses de l’histoire récente de la nation

Dans l’article qui suit,  Bah Mamadou Lamine du Lynx rappelle quelques égarements du Prof. Alpha Condé et de ceux qui pensent comme lui, à l’égard des peulhs:

ALPHA CONDE, LES PEULH ET LE FOUTA

Bissikrima, Janvier 1993 : dans le cadre des activités de Formation que nous menions alors au CENAFOD, nous étions à Bissikrima pour appuyer les animateurs de l’EUPD qui travaillaient dans les préfectures de Dabola et Dinguiraye avec les éleveurs pour le compte de « Vétérinaires Sans Frontières ».Nous étions dans l’euphorie du multipartisme émergent et de l’illusion démocratique.  Des partis politiques venaient de voir le jour. Certains s’étaient alliés. Comme le RPG du Grimpeur, l’UNR de Mamadou Banque Route et le PGP de Porthos qui avaient formé le FLUG. Ce jour-là, Alpha Condé était attendu à Bissikrima à Midi. Il n’a pu arriver que bien plus tard ( les routes étaient déjà difficiles, mais moins qu’aujourd’hui sous la gouvernance du RPG) et ses militants et

Prof. Alpha Conde, le professeur de droit qui fait regretter aux guinéens les régimes militaires - au Forum économiuqe de Davos, 2012
Alpha Conde – World Economic Forum Annual Meeting 2012 (Photo credit: World Economic Forum)

ceux de ces alliés, habitués aux éternels retard des politiciens les attendaient sagement lui et sa délégation. Au lendemain de son départ, des sages de la ville nous ont contacté, ayant appris qu’un journaliste de la presse privée était là. Une fois chez eux, ils m’ont dit à peu près ceci : « Dites à Bâ Mamadou( UNR) que s’il ne se sépare pas d’Alpha Condé, nous allons quitter derrière lui ». Intrigué, nous avons posé la question : «  Pourquoi ? » Réponse : «  Parce qu’il veut nous séparer des Malinké d’ici avec qui nous cohabitons ( y compris avec des mariages réciproques) depuis des générations ».

Pendant la Transition, en fin 2010, le candidat Alpha Condé a dit à la Télévision Guinéenne «  Je n’ai rien contre les Peulh ».

Toujours au cours de cette Transition, sur la base de mensonges et de rumeurs répercutés et amplifiés par le 1er Ministre Doré à travers la Radio et la Télévision nationales, le responsable local du RPG avec la complicité d’autres personnes du terroir (y compris des Imams et des cadres supérieurs) organise une chasse aux Peulh dans la Commune de Siguiri.  Conséquences : Un mort, exode des Peulh vers le Fouta, pillages, vols, viols et des dizaines de maisons et magasins détruits et brulés. Tout cela s’est fait avec la complicité de l’Etat. Il n’y a jamais eu d’enquête, à plus forte raison poursuite des auteurs. Bien au contraire, ils ont été récompensés par des nominations diverses par le nouveau pouvoir.

Propos tenus par un des responsables d’un parti allié du RPG au cours d’une conférence tenue le 25 Juin 2011

« Les Forestiers s’occupent de l’agriculture, les Malinkés c’est le confort et les Soussous de la pêche ou de l’alimentation. Les autres [c’est-à-dire les peulhs, soit 40% de la population] qui sont non Guinéens et des non patriotes sont des Africains nés en Guinée. Ils sont malins, ont profité du régime de Lansana Conté et savent bien garder leurs richesses. Si le Malinké a 10 millions en le voyant arrêté on a l’impression qu’il possède 100 millions. Quand c’est l’autre, même s’il a 200 millions, on ne peut s’en apercevoir en le voyant. Comme ce ne sont pas des Guinéens ce ne sont pas des patriotes, ils sont prêts à enflammer le pays et partir ailleurs »

Ce triste sire doit comprendre que la réussite économique des Peulhs est le résultat de leur labeur. Lansana Conté n’a jamais mis en place une loi et des règlements privilégiant exclusivement une ethnie, une région aux dépens des autres. Elle est le fruit du travail de cet éleveur du Fouta ou de Beyla, de ces petits marchands ambulants qui peuplent les rues de Conakry ou de Dakar, de ce chauffeur de taxi ou de ce vendeur dans les kiosques à café d’Abidjan,  de ce petit tailleur de Libreville ou de ce petit commerçant de Luanda ou d’ailleurs en Afrique, en Europe et en Amérique.  Et de leur capacité à épargner. Ces gens modestes qui, à force de  privation se battent pour réussir refusant de développer la mentalité d’éternels assistés, attendant tout de l’Etat.

C’est un fait que le cheminement du petit cireur  Peulh de Boulbinet qui, à force de travail, parvient à devenir un véritable opérateur économique est le fruit de la patience et d’une grande capacité à préférer le sac de ciment au sac de sucre. Cette capacité à ne pas tout mettre dans le ventre et le bas-ventre qui fait la force des Nations. Aucun peuple, aucun Etat ne peut se développer avec l’épargne des autres (l’argent de la BAD, de l’Union Européenne, de la Banque Mondiale…).

Suprême ironie qui marque le niveau de débilité intellectuelle et morale de cet individu, ces capacités, il ne les reconnait ni au Malinké, ni au Soussou, ni au Forestier. Ses propos confinent ces ethnies dans des professions et dans des pseudo-capacités stéréotypées, figées, immuables. On ne nait jamais avec une profession, un métier. On l’apprend dans des écoles ou auprès de maitres au cours de la vie.
Ce sinistre ennemi de la communauté peulh et de l’unité nationale, grand spécialiste de la prostitution et de la transhumance politiques a déjà trahi son allié et maitre et seigneur, Alpha Grimpeur. Il n’a jamais été inquiété ou poursuivi pour ses discours incendiaires et destructeurs de l’unité nationale. Il n’a fait qu’insulter une ethnie qui depuis 1949 subit la stigmatisation et l’opprobre de la part des politiciens. Alors pour l’Etat Alpha Condé, il n’est pas punissable. Il n’a  insulté que des Peulh, ces punaises,  ces cafards, ces rats ( c’est ainsi qu’on les appelés à Siguiri Centre avant de les en chasser).
Les différentes communautés qui peuplent la Guinée sont des Guinéens avant la lettre. Le concept de Guinée les a trouvées là. Elles y  cohabitaient  bien avant que les Français ne désignent le territoire sur lequel ils  vivent comme s’appelant «  GUINEE ». Aujourd’hui, pour des raisons qui ne sont connues que par lui seul, il trouve qu’il y a des Guinéens qui ne sont pas Guinéens. Il s’engage, comme d’autres avant lui dans une voie qui ne peut mener qu’à la guerre civile. L’Histoire et la Géographie doivent  nous éduquer, nous informer. N’a-t-il pas vu ce qui est arrivé en Côte d’Ivoire lorsque les gens du Sud ( Akans, Lagunaires ) et de l’Ouest ( Wê ) ont prétendu que les Malinkés/ Dioulas ne sont pas des Ivoiriens ? C’est ce qu’il souhaite en Guinée, ajoutant un plus à la médiocrité politique dans notre pays depuis la période coloniale. Il n’y a pas un peuple essentiellement pacifique et un autre fondamentalement guerrier. Lorsqu’on les met dans les mêmes conditions, ils réagissent de la même manière. Les Somaliens, c’est le même peuple, parlant la même langue et pratiquant la même religion. Ils se déchirent entre eux depuis la disparition de Syad Barré au début des Années 1990. Pourquoi ? A cause de l’exclusion, de l’injustice. Ce qui se passe actuellement au Mali, c’est la même chose. On ne peut pas prendre le bien commun de tout le peuple et le mettre dans les mains d’une partie du peuple et dire aux lésés de se courber et  d’ânonner obséquieusement  «  Vive l’Unité Nationale ».

Le Général Facinet Touré, nommé par le Grimpeur, Médiateur de la République a dit en public et dans des Radios Privées :

 « Pour qu’il y ait la paix, il faut partager ce qui est partageable. Les Peuls, c’est eux qui ont tout dans ce pays, personne ne peut nier çà.  Ils ont le cordon de la bourse, ils ont le pouvoir économique, mais ils l’ont cherché, ils l’ont mérité, je les en félicite. Mais pour la quiétude de la société, de la cité, ils n’ont qu’à se contenter de cela, laisser les autres ethnies partager le reste. Si c’est eux qui ont le pouvoir économique, nous nous partageons le pouvoir politique, il y aura la stabilité, il y aura l’équilibre.

Mais si on met tout dans les mains de mes oncles (les Peuls), la paix c’est deux jours, le troisième jour on va se bagarrer. Maintenant, si c’étaient les soussous qui avaient le cordon de la bourse, j’aurais dit la même chose, si c’étaient les Malinkés, j’aurais dit la même chose et si c’étaient les Forestiers, j’aurais dit la même chose. Si on réunit tout dans les mains d’un seul, la paix sera pour deux jours, le troisième jour, on va se bagarrer. »

Il est toujours Médiateur de le République et n’a jamais été poursuivi ni par la Justice, ni par personne.

A peine il a été investi, le Président Alpha Condé a abattu ses cartes.

Au cours de trois meetings tenus à la Belle Vue à Conakry  (le 16 Janvier 2011),  à Kindia ( le 11 Mars 2011 ) et au Palais du Peuple (le 8 Mars 2011), il n’a pas manqué de stigmatiser la Communauté Peulh, tous  les Peulh en les qualifiant de saboteurs et les traitant  de tortues, de poux, qu’il va chasser de la Guinée.

Il a été suivi par son Préfet de Guéckedou d’alors dont il a dit qu’ils sont des «  Tortues dont il faut chauffer le derrière pour voir la tête émerger ». Et ça, il l’a dit en public. Vomi par les populations de la localité qui n’en veulent plus, il a été imposé par une réconciliation parachutée avant d’être affecté à Mandiana pour continuer à détricoter le tissu social guinéen.

Tout le monde a entendu M. Alpha Condé invectiver les hommes d’affaires peulhs qui n’ont commis de crime que celui d’avoir relativement réussi dans le domaine économique et de ne s’être pas rangés  massivement dans son camp pour la conquête du pouvoir. Pour cette raison, ils ont été traités d’éléments mafieux, de trafiquants de drogue et de faux billets de banque.

Des personnes nommément citées dans les rapports d’enquête de l’ONU et des organisations internationales de défense des droits humains et connus en Guinée pour leur activisme anti-peulh sont aujourd’hui les piliers du régime et sont les principaux acteurs de ce qui apparaît comme une nouvelle épuration au sein de l’administration civile et militaire.

Le 9 juillet 2011, les Peulhs guinéens et maliens installés dans les préfectures de Beyla et Lola en Guinée forestière ont vu leur bétail décimé par des groupes extrémistes malinkés l’ethnie d’Alpha  Condé. Bilan : plus de 2000 têtes de bétails ont été tués, dans l’indifférence totale des autorités qui n’ont jamais réagi  alors que des tracts avaient circulé avant la mise en œuvre de ce funeste projet.Alors que, simultanément, une procédure judiciaire expresse est engagée pour l’affaire de Galakpaye qui a opposé les Kpèlè autochtones aux Malinké allogènes  dans la préfecture de Yomou en Guinée Forestière  assortie de mesures de dédommagements de la part du Gouvernement : l’essentiel des victimes du massacre appartiennent à l’ethnie du Président.

Avec l’appui flagrant du pouvoir et le blanc-seing donné par celui-ci à l’installation dans la région des Peulhs d’une prétendue « Coordination de la Moyenne Guinée » qui n’est  en fait qu’un instrument de division des habitants du Fouta Djallon, la Coordination mandingue qui regroupe l’ethnie d’Alpha Condé soutenue par le pouvoir œuvre activement et de manière provocatrice a la mise en place dans la région du Fouta ce qu’elle appelle le «Manden-Djallon» organisation regroupant toutes les communautés qui se prétendent d’origine mandingue avec un but  purement politique pour constituer une cinquième colonne pour déstabiliser de l’intérieur cette région et remettre en question sa cohésion sociale. Sans compter que jusqu’à présent c’est essentiellement des cadres malinké qui manifestent une haine particulièrement féroce contre les Peulh qu’ils assimilent, on ne sait sur quelle base, à des étrangers à la Guinée. Autre fait : aucun leader politique de Haute Guinée n’est venu rejoindre l’Alliance Cellou Président dans l’entre-deux tours aux élections présidentielles de 2010.

En attendant les élections législatives, en toute illégalité, le pouvoir RPG fait comme au temps du PUP. Il fait main basse sur les ressources de l’Etat et fait campagne pour le RPG. Au su et au vu de tout le monde. Y compris des opposants. C’est leur affaire s’ils se laissent couillonner en direct. Mais là où nous, citoyens lamda, sommes inquiets c’est lorsque cette campagne se fait aux dépens de l’unité nationale au risque de provoquer une guerre civile. Parce que, en Guinée Maritime par exemple, les agents du pouvoir et du RPG ( c’est souvent les mêmes) s’adressent aux agriculteurs en leur disant «  Si vous voter pour Alpha et ses hommes, on va chasser les éleveurs peulh ». Cette chasse à l’Homme a déjà commencé. Par l’abattage des animaux avec la complicité des présidents de districts comme à Molota, Simbaraya, Kolon…Comme ce fut le cas à Lola et Beyla. Le résultat, c’est que les éleveurs peulh émigrent massivement vers la Guinée Bissao, la Sierra Leone ( c’était déjà le cas sous Sékou Touré) ou reviennent au Fouta. Quant aux Peulh maliens de Beyla et Lola, ils sont rentrés chez eux malgré ce qui se passe là-bas. L’une des conséquences de cette situation, c’est le renforcement de la pauvreté et la liquidation de l’élevage. Pendant qu’aucune politique dans ce secteur n’a été élaborée. Même sous Sékou Touré on n’était pas arrivé à ce niveau de stupidité. On se rappelle la ferme expérimentale de Ditinn dans Dalaba inaugurée en Avril 1970 et les fermes de Famoila dans Beyla.

Tout récemment, Samba Hééri Camara le ci-devant préfet de Lélouma ne doit sa promotion au titre de Préfet par le Grimpeur que parce qu’il a menacé les Peulh de Lélouma et les a ségrégués dans la distribution des motos du RPG.

BAH MAMADOU LAMINE

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s