Les 1000 facettes de la Corruption en Guinée

La corruption est comme une maladie pernicieuse qui envahit tout le corps qu’elle atteint. Elle saigne de l’intérieur ce corps et l’affaiblit, le rendant incapable de se développer. Les seuls éléments que le corps contient qui y trouvent leur compte ce sont les agents pathogènes, porteurs de cette maladie.

Bah Mamadou Lamine, grand reporter au Lynx de Conakry, nous décrit les nombreuses facettes de la corruption en Guinée dans les lignes qui suivent. Cet article fait partie dossier sur le sujet qu’il a fait suite à la publication du Rapport 2012 sur la perception de la corruption dans le monde. Une première partie a été publié dans un précédent billet sur ce blog. Vous constaterez qu’il traite d’un sujet qu’il connait comme il a effectué de nombreuses enquêtes à travers la Guinée pour le compte d’agences de coopération basées à Conakry et pour Transparency International.

 La Corruption à l’école :

Le petit déjeuner du maitre ou dèèbaa saréé en langue soussou, le droit de

Schoolgirls with books donated by USAID in Con...
Ecoliers de Conakry: La corruption compromet leur avenir et celui de la nation (Photo crédit: Wikipedia)

cuissage qu’exerce le maitre sur les jeunes filles contre de bonnes notes imméritées, la vente /achat des épreuves aux examens scolaires et universitaires, l’asservissement des enfants par les maitres( corvée d’eau et de bois mort, travaux domestiques), la vente de fausses attestations et de faux diplômes, le monnayage des passages en classe supérieure et de l’accès aux écoles de formation des maitres même aux candidat(e)s non qualifié(e)s voire illettré(e)s… Cette forme est l’une des plus meurtrières pour la Guinée qui est incapable de s’offrir les cadres, personnel soignant et enseignant et techniciens indispensables à son développement. Ainsi, après plus d’un demi- siècle d’indépendance, on n’a ni plombiers, ni électriciens, ni menuisiers, ni cuisiniers, ni architectes, ni archéologues, ni…politiciens compétents. Par ex. lorsque vous écoutez un politicien guinéen parler à la suite  d’un Sénégalais ou d’un Ivoirien…

En Juillet 2007, lors d’une enquête sur la corruption scolaire dans les Régions de Kindia-Télimélé et Labé-Mali et précédemment lors de notre participation  à l’évaluation du volet Gouvernance de la mise en œuvre de la Stratégie de Lutte contre la Pauvreté, nous avons découvert des choses hallucinantes. Au cours d’une restitution dans un hôtel de Dabola, le représentant du Ministère des Finances déclare que son institution a décaissé plus de 100 Millions pour un Collège de Dinguiraye dans l’exercice budgétaire précédent. Par hasard, le Directeur de ce Collège à l’époque indiquée était dans la salle. Il sursaute et déclare que ces sous ne sont jamais arrivés  à lui !

Une directrice d’école primaire élabore un budget pour l’entretien et le fonctionnement de son école. Elle le soumet à son DPE, qui l’étudie et lui recommande de surévaluer les effectifs pour grossir le budget. Elle s’exécute. L’argent arrive et le DPE empoche le surplus. Et ça, c’est au cours de cette année 2012 !

Au  début de cette année 2012-2013, le budget de fonctionnement de l’exercice précédent vient d’arriver. Avec un gros retard, mais il est arrivé.  Mais, ce budget a subi des amputations en cascades. A la source, au niveau du Ministère des Finances on a pris « sa » part ; au niveau régional à Mamou, on a pris sa part ; arrivé à la Préfecture, on s’est également servi. Le DPE et le maire ont eu leur part. Tout comme le DSEE, (le Délégué Scolaire de l’Enseignement élémentaire) qui lui aussi va se sucrer. Qui est fou ? Finalement, le reliquat arrive chez M. le directeur de l’école. Qu’a-t-il fait lui-même ? C’est « La Question de la Semaine ».

Cela signifie que le Gouvernement décaisse des fonds pour le fonctionnement des écoles. Ces sous sont bouffés à tous les niveaux de la déconcentration administrative. A leur arrivée à destination, il n’y a plus rien. Et les infrastructures se dégradent à vue d’œil. Question : Pourquoi tous ces paliers ? Ministère, IRE, DPE, DSEE ? Pourquoi pas du Ministère directement au Directeur de l’école ?  Ainsi on va sauter trois redoutables voleurs. Aujourd’hui, il y a des banques partout. Et dans les communes rurales, on peut verser ces fonds dans les comptes des mairies.  C’est plus facile à contrôler. A moins que ce ne soit une mafia qui arrange tous ces kleptomanes tapis dans toutes les déclinaisons des ministères des finances et de l’éducation.

La Corruption à la santé

Là aussi, elle est comme la Révolution de Sékou Touré, globale, multiforme et transcroissante. Et anti-pauvres! Vous voulez un certificat médical pour n’importer que dossier administratif y compris de mariage prouvant que vous n’avez pas le SIDA et autres maladies anti mariages ?  On vous le livre à  domicile pour une poignée de GNF [Francs guinéens]. Les soignants qui prennent l’hôpital pour leur cabinet privé en faisant payer les malades au-dessus des tarifs officiels de l’état et en utilisant les moyens de cet état( stéthoscopes, laboratoires, infirmiers…) sont légion. Sans compter ceux qui surfacturent leurs prestations sans tenir compte des tarifs affichés devant les hôpitaux et centres ou postes de Santé.

Il y a aussi les faux médecins qui exercent sans autorisation légale en arrosant les autorités locales( élus locaux qui se font les complices des tueurs de leurs électeurs, radios rurales comme à Pita avec Boummalol, faux médecins chinois, faux spécialistes de médecine traditionnelle, pharmaciens par terre et ambulants…)

Tout un commerce absolument illégal fleurit à Madina et ailleurs en Guinée où des médecins ripoux importés de Chine et des pharmaciens tout aussi pourris et assassins prospèrent en toute impunité. Au grand dam de la médecine officielle et légale.

La Corruption mesquine :

Elle court les rues, on la rencontre partout. Les flics et les faux flics des carrefours qui tendent la main. Gare à vous si vous êtes en règle. «  C’est papiers on va manger ? », vous répond-on. C’est devenu une institution. Les chauffeurs de taxi et cars rapides du secteur informel connaissent la musique. Par ex. au carrefour Soguifab  à Boussoura, le matin, en provenance du Marché Madina, ils versent leur impôt quotidien à une des fliquettes en faction qui fait office de caissière de l’équipe. Les hommes, grands spécialistes des acrobaties, jouent les singes sur les cabines des gros camions et rackettent les camionneurs. Tous ceux qui ont payé sont recensés par la caissière qui relève scrupuleusement le No d’immatriculation du véhicule de l’intéressé. Au crépuscule, ils se retrouvent dans un coin discret et se partagent les « recettes » du jour.

A street scene in Conakry

Cette forme de corruption, très visible, déshonore un pays aux yeux des visiteurs, touristes, investisseurs ou bailleurs de fonds. Sans compter les milliards qu’elle coûte aux recettes de l’Etat et des Collectivités. Le népotismeIl consiste à placer à tous les postes ses parents et/ou des amis et des ressortissants de son village, sa sous –préfecture, sa préfecture ou sa région d’origine sans appel d’offres ouvert et transparent.  Par ex. sous la Révolution, les postes à recettes ( Finances, Banques…) , l’Armée et les Services de Sécurité étaient des domaines réservés à la famille de Sékou Touré et alliés. Pareil sous Lansana Conté. L’actuelle gouvernance y a apporté un raffinement. Sous couvert de ne nommer que ceux qui ont voté pour lui, le Grimpeur a fait que l’administration  publique est essentiellement occupée par des gens de son ethnie.  Aussi bien au niveau stratégique qu’à la base. Précédemment, c’étaient des cousins et des frères qui se partageaient la Guinée. Aujourd’hui, c’est une ethnie, une Région. Avec cette forme de corruption, c’est la loi du cavalier et du cheval.  Le premier monte sur le second et lui dit de se tenir tranquille   « c’est bon, c’est doux… ».Elle est très porteuse de violence, de guerre. Aucune personne, aucune communauté, aucun peuple n’aime être  exclu et pris pour un imbécile.

Pendant ce temps chez nos voisins, on avance ; au Sénégal, une structure vient d’être mise en place dotée des moyens institutionnels, juridiques, matériels et financiers pour lutter contre la corruption. Au Burkina Faso, le pays des Hommes Intègres, il vient de se tenir des Assises Nationales sur la Corruption qui sont allées au-delà de la dénonciation classique simple.

Et chez nous, il n’y a de corrompus et de voleurs que chez les opposants au Prési Grimpeur.

La corruption électorale et politique

Elle est pré, per et postélectorale. L’actuel pouvoir a tout fait pour récupérer les institutions  en charge du processus électoral. Comme en son temps le PUP. Lorsque Louncény a été éjecté de la CENI, le pouvoir lui a donné un post-bonbon du genre « Mange et tais-toi « . Il faut  dire qu’auparavant ça a bien marché  avec les pauvres hères affamés à qui le RPG avait proposé des bols de riz contre des bulletins de votes. Sans compter les achats de consciences que l’on propose aux opportunistes et autres maitres-escrocs de la politique.  Qui passent leur temps à se prostituer et à se faire champions de la Transhumance politique. Ainsi combien de ce genre de tristes sires  bouffent aujourd’hui  chez Alpha après l’avoir combattu et léché les bottes de Fory Coco. Par ex., on nous a parlé d’un de ces zigotos qui, aujourd’hui travaille avec et pour le Grimpeur et sous Conté avait refusé un poste à quelqu’un parce qu’il s’appelait Condé ! Y a-t-il pire bassesse ?

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2 réflexions au sujet de « Les 1000 facettes de la Corruption en Guinée »

  1. C’est la réalité en Guinée , c’est juste honteux et déplorable , quand on vie à l’étranger et on viens en vacance on se croirais sur une autre planète . saleté , insécurité ,malhonnêteté des fonctionnaires etc …etc ..
    Je me demande comme d’autres Guinéens quand ils vont au moins organisé les législatives on doit savoir que un pays sans parlement n’a aucune crédibilité auprès des bailleurs des fonds et cela ne fait que aggraver la souffrance des Guinéens…

    1. Sanakou, tu as parfaitement raison! Dans toutes les classifications internationales, notre pays n’a derrière lui que des pays en guerre ou dépourvu de ressources. La qualité des routes que l’on voit au Nord du Mali ou le rapide rétablissement de l’électricité dans les villes libérées montrent à quel point, nous sommes derrière eux. En juillet dernier, j’ai été au Kenya et au Rwanda, bien que ces pays n’aient pas de ressources, ils ont des gouvernants valables et cela se voit depuis l’aéroport: propreté, ordre, agents respectueux, des toilettes propres, de l’eau, Internet avec accès gratuit, etc.

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