France: Sœur Luigina Traverso, la miraculée de Lourdes

Je ne pratique aucune religion, mais je reste ébahi devant certains phénomènes inexplicables qui peuvent accompagner la pratique religieuse, comme les guérisons de personnes souffrant de lourdes pathologies qui sont guéries après avoir visité des lieux de pèlerinage, comme Lourdes.

Par exemple, le 11 octobre, les médias ont relayé l’information concernant la guérison scientifiquement inexpliquée de Sœur Luigina Traverso advenue en 1965, lors d’un pèlerinage à Lourdes est officiellement reconnu par l’évêque de Casale Monferrato (Italie). Centre de pèlerinage catholique depuis 1858, elle accueille chaque année 6 millions de pèlerins ou visiteurs venus du monde entier dont environ 60 000 malades et invalides.  Lourdes est devenu un lieu de pèlerinage depuis que la Vierge Marie serait apparue à une jeune bergère en 1858 dans une grotte à Massabielle, près de Lourdes, dans le sud-ouest de la France. Des guérisons inexpliquées y ont été enregistrées parmi les pèlerins malades qui s’y rendent.

Esplanade du Rosaire à Lourdes par Roland Darré
sur wikimedia (sous License creative commons)

Nicolas Pasquier explique sur le site terrafemina.com:

Le dernier cas en date est celui de Sœur Luigina Traverso, religieuse salésienne de Don Bosco, membre de la communauté de San Salvatore-Monferrato. Elle n’a pas encore trente ans lorsqu’elle éprouve les symptômes d’une paralysie de la jambe gauche. Après plusieurs interventions chirurgicales infructueuses elle doit rester régulièrement alitée. En 1965, elle décide de se rendre à Lourdes.

Mais c’est avec prudence que l’Église se prononce sur la nature miraculeuse d’une guérison. En effet, selon le site lourdes-france.org:

Sur les quelques 7000 dossiers de guérison déposés à Lourdes depuis les célèbres apparitions de la Vierge à Bernadette Soubirous en 1858, 68 cas seulement ont à ce jour été reconnus miraculeux par l’Église.

La reconnaissance de la nature miraculeuse d’une guérison suit une longue procédure, en trois étapes. Le site zenit.org l’explique:

La première étape : constatation de la guérison. Si elle a eu lieu à Lourdes et qu’elle fait l’objet d’une « déclaration volontaire et spontanée » du bénéficiaire, son récit est recueilli par le médecin permanent du Bureau médical, aujourd’hui sous la direction du docteur Alessandro de Franciscis. Il évalue le sérieux de la déclaration : véracité des faits et leur signification.

La deuxième étape vise à confirmer ou non la guérison : cette vérification est « interdisciplinaire ». L’Association médicale internationale de Lourdes (AMIL), qui regroupe quelque 12.000 médecins dans 75 pays, est sollicitée, ainsi que l’éventuelle expertise de médecins et de professionnels de santé le souhaitant, quelles que soient leur foi ou absence de foi religieuse.

Le site quoi.info fait savoir qu’il y a 7 critères qui sont pris en compte par les médecins du CMIL dans l’évaluation du caractère exceptionnelle de la guérison:

L’enquête du Cmil va alors durer plusieurs années. Avant de donner son avis final, le Cmil tient compte des « sept critères du cardinal Lambertini », établis au XVIIIe siècle. Voici ces critères :

1. La maladie doit être grave

2. Elle doit être reconnue, répertoriée par la médecine

3. Elle doit être organique (les maladies psychiques ne sont pas prises en compte)

4. Aucun traitement ne doit être responsable de la guérison

5. La guérison doit être subite, instantanée

6. Il ne doit pas s’agir de simple régression des symptômes, mais bien d’un retour de toutes les fonctions vitales.

7. On ne doit pas parler d’une rémission mais bien d’une vraie guérison: elle doit

St. Bernadette Soubirous of Lourdes.
St. Bernadette Soubirous of Lourdes. (Photo credit: Wikipedia)

St. Bernadette Soubirous de Lourdes. (Photo crédit: Wikipedia)

être durable.

Dans le cas de Sœur Luigina Traverso, d’après le site zenit.org la procédure a commencé:

Le 23 juillet, alors qu’elle participe sur un brancard à l’Eucharistie, elle ressent au passage du Très Saint-Sacrement une forte sensation de chaleur et de bienêtre qui la pousse à se lever. La douleur a disparu, son pied a recouvré sa mobilité. Après une première visite au Bureau des Constatations Médicales, Sœur Luigina y revient l’année suivante. La décision est prise d’ouvrir un dossier.

Trois réunions du Bureau des Constatations Médicales (en 1966, 1984 et 2010) et de nouveaux examens médicaux sont nécessaires avant que celui-ci atteste de la guérison de la religieuse. Le 19 novembre 2011, à Paris, le CMIL (Comité Médical International de Lourdes) confirme son caractère inexpliqué dans l’état actuel des connaissances de la science.

La troisième étape est la ratification de la guérison, avec les deux expertises, des médecins et des religieux qui s’articule sur deux temps, comme le fait savoir, toujours, le site zenit.org:

Dans un premier temps la guérison est « certifiée »: après une expertise médicale et psychiatrique complète, le Comité médical international de Lourdes (CMIL) garantit le « caractère exceptionnel » de la guérison dans l’état actuel des connaissances scientifiques.

Dans le cas de Sœur Luigina Traverso selon le site lourdes-infos.com:

Troisième réunion du Bureau des constatations médicales le 28 juillet 2010 (convoqué pour la présentation de nouveaux scanners, IRM rachis lombo-sacré 22.02.2010, scanner lombo-sacré 29.10.2009). Le Bureau des constatations médicales a confirmé la guérison par un vote formel et unanime.

Le CMIL (Comité Médical International de Lourdes), dans sa séance du 19 novembre 2011 à Paris, d’après le rapport du Professeur Franco Balzaretti (qui avait obtenu en octobre 2010, en complément de dossier, un électromyogramme ainsi que des expertises neurologiques, neurochirurgicales et orthopédiques et un examen collégiale, le 30 avril 2011, avec lui même et des spécialistes chirurgiens et un médecin spécialiste en rhumatologie) par vote secret, avec plus des deux tiers des voix, a certifié que le mode de cette guérison reste inexpliqué dans l’état actuel des connaissances scientifiques.

A la conclusion des investigations scientifiques pour déterminer le caractère inexplicable de la guérison, c’est l’évêque de l’endroit où réside la personne guérie qui proclamera le caractère miraculeux de la guérison. Dans le cas de sœur Luigina Traverso, comme le fait remarquer kipa-apic.ch:

La guérison inexpliquée d’une paralysie générale de sœur Luigina Traverso, survenue en 1965, est officiellement reconnue comme « miracle » par Mgr Alceste Catella, évêque de Casale Monferrato en Italie, le diocèse où réside la religieuse salésienne. C’est ce qu’a annoncé, le 11 octobre 2012, le service de presse des sanctuaires de Lourdes.

Dans tout ce processus, l’Église fait preuve d’une grande ouverture. Mais comment expliquer qu’il y ait eu 7000 dossiers de guérison qui ont été déposés, mais seulement 68 miracles? Dans un billet publié sur tahiti-infos.com, l’évêque de Lourdes Mgr Nicolas Brouwet explique:

Il peut y avoir des guérisons inexpliquées sans qu’il y ait un miracle, il y a un dialogue entre la foi et la raison pendant toute l’instruction des dossiers et, in fine, c’est l’évêque du diocèse qui décide. Il regarde en particulier si la guérison a porté ses fruits dans la vie chrétienne de la personne, c’est pour cela qu’il n’y a que 68 miracles

La confirmation du miracle, dépend donc de la volonté d’un homme, l’évêque du diocèse. Indépendamment de la fin de la souffrance du malade après s’être rendu à Lourdes, la guérison pourrait, donc, ne pas être qualifiée de miraculeuse. Le site lourdes-france.org donne un exemple de ce cas de figure:

La guérison de Serge François ( France) avait été reconnue comme « remarquable » en 2011 et non pas comme « inexpliquée » par les experts du Comité médical international de Lourdes. L’évêque d’Angers où habite Serge François, Mgr Emmanuel Delmas, avait ainsi souhaité rendre publique cette guérison « remarquable » par une annonce officielle, sans pouvoir la qualifier de « miracle ».

Tout le monde n’est pas égal, non plus, devant les miracles. Si le malade est français, religieux, et femme, il a plus de chance d’être miraculé. En effet, Nicolas Pasquier dans son billet sur terrafemina.com fait savoir que:

D’après les derniers chiffres des Sanctuaires de la ville de Lourdes parmi les 68 cas de miracles « officialisés » par l’église, il y aurait 80% de femmes et 55 Français. Une majorité, 39 au total, ont été « guéris » au contact de l’eau. Côté origines sociales en revanche, la reconnaissance divine ne semble pas avoir de préférences notables. Mais on dénombre tout de même huit religieuses, deux religieux, un prêtre diocésain et un militaire.

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