Commémoration de la mémoire des pendus du 25 janvier 1971

INTERVENTION DU PRÉSIDENT
DE L’ASSOCIATION DES VICTIMES DU CAMP BOIRO

Chers frères enfants des victimes

Chers parents rescapés des camps de concentration du régime barbare

Chères épouses veuves des illustres disparus martyrs

Chers sympathisants, amoureux de la justice et de la démocratie

Messieurs les journalistes

Mesdames et messieurs

Nous venons ensemble, compatir, et nous recueillir sur ces lieux en vue de nous souvenir pour que « Plus jamais ça ».

En effet, 4 hauts fonctionnaires, dignes fils de cette nation, ont été lâchement pendus  sur ces lieux, le 25 janvier 1971, par le 1er régime.

–           Baldet Ousmane, Gouverneur de la Banque centrale, financier et monétariste dont Sékou Touré lui-même avait reconnu le génie comme artisan de la stabilité de la monnaie guinéenne dans les années 60 ;

–       Barry Ibrahima, dit Barry III, artisan de l’indépendance et du Plan triennal ;

–       Keïta Kara Desoufiane, jeune commissaire de police dont le fils aîné sera arrêté par la suite ;

–       Magassouba Moriba,  médecin, compagnon de l’indépendance, ministre ;

La commémoration de cette date est aujourd’hui, par la grâce de Dieu, un rituel qui nous l’espérons servira de point de départ pour le devoir de mémoire de notre pays, hélas piégé par le silence coupable et son cortège de non dits.

C’est ici que fût déclenchée la machine infernale de la série noire des pendaisons. En plus des 4 de Conakry, s’en suivirent au moins 2 par préfecture.

Je vous exhorte donc à une prière à leurs mémoires, à vous incliner pieusement devant ce lieu, « Juste, parfaite et régulière PIERRE TOMBALE » de tous disparus, victimes de la tyrannie.

Source: conakryinfos.com

Mesdames et Messieurs, chers compagnons, des dignes fils de cette nation, ont subi ce triste sort macabre de pendaison. Compagnons de l’indépendance pour la plupart, ils furent tous éliminés froidement, lâchement et sommairement sans jugement ni débat contradictoire, par simple extorsion d’aveux fallacieux et mensongers, et par des techniques de tortures dépassant l’entendement humain, frisant  la bestialité…et laissant errer des orphelins et des veuves à la merci du temps et de l’espace…

Seules la mégalomanie et le mépris de l’Être humain pouvait entraîner le pouvoir d’alors dans l’élimination sommaire de tous ces innocents, croyez moi pire qu’une guerre civile…

Les raisons de cette barbarie, bien qu’inavouées, ne reposaient que sur une seule vision, celle basée sur l’élimination systématique de tout processus, ou comportement d’individus, de groupes ou d’associations tendant vers le triptyque du SAVOIR, du POUVOIR et de l’AVOIR. En effet, le régime des bourreaux d’antan, pendant le 1/4 de siècle de règne absolu et sans partage a éliminé systématiquement et de façon programmé, tous les enfants de ce pays dès l’instant où il était prouvé que tel était intellectuel, instruit (le SAVOIR), tel était crédible et vénéré (le POUVOIR), ou que tel était nantis, riche (l’AVOIR)…quel faiblesse de l’âme…pour en arriver à l’élimination consciente des socles du développement d’une nation véritable.

Tout ceci s’est déroulé au vu et au su de tous sans aucune réaction visant à stopper cette machine aveugle et infernale au nom d’une prétendue révolution..

Allons nous les accuser tous… de lâches quand ils ont vu et laisser faire ?

De complices lorsqu’ils se sont associés pour le fauteuil ?

Pour répondre à cette question, nous disons :

Non  aux « faux débats des complots » prônés par les bourreaux d’alors et,

–     Oui au débat du « Meurtre prémédité» qui n’épargna aucune couche sociale, même les « bourreaux » piégés par leur propre système…

C’est dans le souci d’éviter une telle situation pour notre pays que nous, enfants des victimes, avons entrepris dans notre programme d’action : d’institutionnaliser des cérémonies commémoratives de quelques importantes dates historiques des massacres ignobles et déshumanisants perpétrés par l’ancien régime, le régime de la terreur :

Le 25 janvier 1971 (les pendaisons),

le même 25 janvier 1971 (les fusillades)

–     les 17 et 18 octobre 1971 (les exécutions de civiles)

Ces différentes cérémonies de recueillement ont pour objectif essentiel de rappeler à la nation guinéenne cette « Mémoire collective » et « le devoir de Mémoire » pour que « Plus Jamais ça » car, « toute nation qui oubli son passé a tendance à le répéter »

C’est donc avec la main tendue à toutes les couches sociales de cette nation sans distinction aucune, afin de réhabiliter nos chers disparus de façon solennelle et digne.

Mesdames et Messieurs,

Cette année, cette commémoration revêt un intérêt capital du fait de la destruction imminente de cet ouvrage chargé de symboles (première quinzaine du mois de mars).

C’est pourquoi nous réclamons l’érection d’une stèle des martyrs à côté du nouveau pont en construction.

Nous ne saurions clore cette intervention sans rendre un hommage particulier à nos chères et braves Mères qui nous ont préservés ; grâce à leur combat dans le silence et la persévérance, en nous soignant et nous éduquant dans la dignité et sans haine.

Mesdames et Messieurs,

La vérité est têtue. Osons la chercher, la trouver et la dire dans la tolérance et sans passion, pour qu’ensemble, nous puissions bâtir la Guinée de demain.

Je vous remercie pour votre aimable attention.

Le Président de l’AVCB Dr MAREGA FODE

Au nom du bureau exécutif et de tous les membres et sympathisants.

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