2011, jamais autant de journalistes en prison dans le monde depuis 1990

Le 8 décembre 2011, le Comité pour la protection des journalistes a publié un rapport sur le nombre des travailleurs des médias emprisonnés à travers le monde au cours de l’année qui s’achève.

D’après ce rapport, le nombre de journalistes emprisonnés dans le monde entier a augmenté de plus de 20 pour cent pour atteindre son plus haut niveau depuis le milieu des années 1990, une hausse principalement due aux emprisonnements au Moyen-Orient et en Afrique du Nord pendant le printemps arabe. Au premier décembre 2011, ils étaient 179 écrivains, éditeurs et photo-journalistes à croupir derrière les barreaux soit une augmentation de 34 par rapport à ses 2010. C’est son son plus haut niveau depuis le milieu des années 1990.

Avec 42 journalistes derrière les barreaux, l’Iran se place en tête comme le pire endroit où exercer les métiers liés à l’usage du droit d’expression, suivi de l’Erythrée, de la Chine, de la Birmanie, du Vietnam, de la Syrie et de la Turquie. En Afrique sub-saharienne, les pays qui se signalent le plus par le nombre de journalistes emprisonnés, les conditions de l’emprisonnement et une législation tendant à museler les travailleurs des médias sont en plus de l’Erythrée, la Gambie et l’Ethiopie. Le rapport cite ces pays comme  exemple de ceux où les gouvernements nient l’existence même de ces journalistes emprisonnés. Il ajoute que:

des cas de mauvais traitement et de torture sont souvent rapportés et les autorités concernées opèrent sans obligation de rendre compte et en violation des normes internationales. Selon des informations non encore confirmées, au moins six de ces journalistes seraient morts à la suite de mauvais traitements en prison. Le CPJ continue d’inclure ceux-ci sur la liste des journalistes en prison pendant qu’il enquête sur leurs cas.

Le rapport relève que l’emprisonnement des journalistes sans inculpation est la pratique la plus couramment pratiquée par le gouvernement de l’Érythrée, le deuxième pays à incarcérer des journalistes dans ce triste classement mondial avec au moins 28 derrière les barreaux:

Bien que beaucoup soient emprisonnés depuis une décennie, aucun journaliste érythréen détenu n’a jamais été publiquement inculpé d’un crime.

En Ethiopie aussi, sept journalistes étaient détenus en Ethiopie, dont cinq sous des accusations vagues et non fondées de terrorisme, des journalistes étrangers ont aussi été emprisonnés. En effet, deux Suédois, Johan Persson et Martin Schibbye, qui ont été jetés dans les geoles du régime, alors qu’ils faisaient des reportages sur les activités d’un groupe séparatiste. Souvent les accusations avancées sont vagues et non fondées de terrorisme. Le rapport note que:

Malgré les critiques internationales, l’Éthiopie a agressivement étendu l’utilisation de sa loi antiterrorisme pour pénaliser toute couverture médiatique concernant les groupes d’opposition.

En Afrique de l’ouest, en plus de la Gambie, le CPJ signale la Cote d’Ivoire où quatre journalistes ont été emprisonnés. De Novembre 2010 à Février 2011, Aboa a été l’un des quatre modérateurs du programme Raison d’État de la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI), qui avait pour invités des personnalités favorables à l’époque, au Président Laurent Gbagbo, selon des recherches du CPJ. Des journalistes du quotidien pro-Gbagbo, Notre Voie d’Abidjan ont été arrêtés le 24 novembre 2011. Il s’agit de César Etou, Didier Dépry, Boga Sivori. Ils ont été arrêtés et détenus pour avoir critiqué l’achat l’acquisition par le nouveau gouvernement de Mercedes Classe E pour les membres du cabinet, au mépris de la législation en vigueur sur la liberté de la presse et les procédures. Au mépris de la  détention préventive, ils n’ont été jugés que le 29 novembre 2011, alors que la loi ne prévoit que 48 heures de détention sans comparution devant un juge.

Rappelons que le corps criblé de balles de Lago Sylvain Gagneto, rédacteur en chef de Radio Yopougon, une station communautaire, fut retrouvé dans un charnier de Yopougon, fief de l’ancien président Laurent Gbagbo, selon le Comité pour la protection des journalistes et des sources du CPJ. D’après des informations confirmées par des témoins oculaires, des membres des FRCI l’ont exécuté publiquement avec quatre autres personnes accusées d’être des miliciens de Gbagbo, le 8 mai 2011.

Malgré la fin de la guerre civile, les conditions de travail des journalistes restent difficiles dans ce pays. Dans un autre rapport daté du 24 mai, le CIPJ disait avoir:

documenté de nombreuses allégations de harcèlement, de menaces et d’intimidation de journalistes par des éléments des FRCI en patrouille qui prétendent être la recherche d’armes dans les quartiers d’Abidjan, selon des recherches du CPJ. Cette semaine, deux rédacteurs en chef, Ferdinand Bailly du site Web d’information Infocotedivoire.net et Florida Basile Bahi du journal Sport Mag, sont entrés dans la clandestinité après avoir été dénoncés comme étant des « journalistes de Gbagbo » par des jeunes dans les rues de la localité, selon le CIPJ.

Espérons qu’après les élections législatives de ce dimanche 10 décembre 2011, le pays va faire son plein retour parmi les pays où l’exercice de la liberté d’informer ne comportera plus de risques.

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