Guinée: 24 mars Journée pour le droit à la vérité sur les disparitions

La Journée internationale pour le droit à la vérité en ce qui concerne les violations flagrantes des droits de l’homme et pour la dignité des victimes a été célébrée pour la première fois dans le monde le 24 mars dernier. C’est le 21 décembre 2010, que l’Assemblée générale de l’ONU a proclamé cette Journée internationale sur recommandation du Haut commissariat des Nations unies au droit de l’homme.

A l’occasion de cette commémoration, Navi Pillay, Haut commissaire aux droits de l’homme, a souligné que « les victimes de violations graves de droits de l’homme et leurs familles ont un droit inaliénable de connaître la vérité sur les événements passés concernant les crimes odieux commis contre elles ».

« Quarante-deux milles six cents trente-trois. C’est le nombre de cas de personnes disparues qui restent inexpliqués depuis les 31 dernières années et examinés par le Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires de personnes. Les chiffres montrent aussi que de nouveaux cas émergent régulièrement partout dans le monde. Derrière chacun de ces cas, il y a de nombreux proches déchirés par le sort de leur disparu, partagés entre espoir et désespoir, attendant des nouvelles, quelles qu’elles soient ».

Lorsqu’un régime répressif fait disparaitre des victimes de manière extra-judiciaire, il ne fait pas souffrir seulement celles-ci, mais c’est toute la famille qui en pâtit.

En Guinée, lors de la première république (1958-1984) sous la présidence de M. Ahmed Sékou Touré, les biens ont été saisis, la famille expulsée de ses propriétés et les enfants indexés faisaient l’objet de mépris dans leur entourage. Les expériences communes avec les familles des victimes des autres actes de répression et d’assassinat c’est qu’aucune notification n’étant donnée sur le lieu de détention sur l’état de santé de la victime, pour les membres de sa famille commençaient alors des va-et-vient incessants d’une prison à l’autre ou d’une personne susceptible de donner des informations à l’autre, avec paiement d’argent pour avoir des informations sur la victime. Dans certains cas, les geôliers exigeaient des prestations sexuelles de la part des filles ou des épouses des victimes en échange d’informations que personne ne pouvait vérifier. Le doute persécute la famille en alternance avec l’espoir. Chaque fois que des personnes disparues en meme temps qu’une victime sont libérées, on se dit que la prochaine fois ce sera le tour du cher disparu alors qu’il est déjà dans une des fosses communes que seuls les auteurs du crime connaissent.

Le plus révoltant que des pouvoirs sanguinaires se succédant à d’autres, les auteurs de crime se retrouvent souvent à des postes de responsabilité et s’entraidant, ils falsifient l’histoire du pays et alimentent le mensonge. Ce qui fait que même après la mort certaine de la victime, jamais officiellement, sa mémoire reste toujours salie. Les livres scolaires et les médias véhiculent le mensonge sur les victimes. Ainsi les victimes des violations graves des droits humains en Guinée n’ont toujours pas été réhabilitées, dans certains cas après plus de 52 ans, les biens n’ont pas été restitués et leurs corps ensevelis dans des fosses communes n’ont pas été rendus à leur famille.

Après l’élection présidentielle de novembre 2010 qui a porté à la tete du pays M. Alpha Condé, les Guinéens espéraient qu’ils allaient enfin connaitre le changement dans la gestion du pays. Mais le président s’est entouré de personnes qui ont servi au cours des régimes passés depuis 52 ans. Dans son gouvernement figurent des personnes accusées de crimes contre l’humanité après les enquêtes des Nations Unies et de l’ONG Human Right Watch.

La date du 24 mars a été choisie à la mémoire de Mgr Oscar Arnulfo Romero, ardent défenseur et militant des droits de l’homme au Salvador, assassiné dans l’église où il célébrait l’office. Le Salvador, pays d’Amérique Centrale de la côte Pacifique, a connu depuis son indépendance du royaume d’Espagne en 1821, une instabilité politique presque chronique. La décennie 1970-80 fut particulièrement terrible sous un régime dictatorial de droite confronté à une guérilla marxiste.

Suite à l’assassinat, selon Wikipedia, « d’un prêtre de son diocèse (et ami personnel) le jésuite Rutilio Grande avec deux compagnons de voyage par un escadron de la mort (12 mars 1977), soutien du pouvoir en place, il refuse de participer à toute cérémonie officielle tant qu’une enquête sérieuse n’est pas faite sur le triple meurtre.

Il est fréquemment en conflit avec le pouvoir politique, la haute bourgeoisie, dénonçant les massacres, les assassinats, la torture, les disparitions, et autres atteintes aux droits de l’homme.

Homme de dialogue, opposé à toute violence, il n’hésite pas à dénoncer chaque dimanche dans sa cathédrale, et à la station de radio religieuse Radio Ysax, les exactions commises à droite comme à gauche. »

Cette Journée a été célébrée en Guinée par toutes les associations de victimes des graves violations disparitions sous les régimes dictatoriaux. Je présenterais dans un autre article les célébrations qui ont eu lieu à Conakry ce 24 mars 2011.

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