Déclaration de l’UFD

Nous avons reçu la déclaration ci-dessous de l’Union des forces démocratiques. Nous la publions dans son intégralité, bien qu’il y ait des points mériteraient d’être éclaircis:

« DECLARATION SUR LE DIALOGUE INTER-GUINEEN
I. Le constat
Dans un discours solennel prononcé le 6 janvier 2010, le Général Sékouba Konaté a fait le constat de l’empêchement du chef de la junte militaire, le Capitaine Moussa Dadis Camara et de la situation difficile dans laquelle se trouve notre pays. Il a proposé la relance rapide du processus de dialogue engagé à Ouagadougou en vue de sortir notre pays de la crise. Dans ce sens, il a annoncé la décision de nommer dans les plus brefs délais un Premier Ministre issu de l’opposition et désigné par elle.

Cette position courageuse a été saluée à juste titre par tout le peuple de Guinée, inquiet du vide politique à la tête de l’Etat. Après les graves événements qui ont ensanglanté notre pays depuis le 28 septembre 2009 et qui ont profondément traumatisé la société guinéenne, ces propos pathétiques, de portée historique, ajoutés au discours du 23 décembre 2009 prononcé devant les Forces de défense et de sécurité, marquent une rupture radicale par rapport à la malheureuse trajectoire suivie jusque là par le CNDD. Toutes ces déclarations ont contribué à apaiser les esprits et ont fait renaître chez nos compatriotes, l’espoir d’une remise immédiate sur les rails du processus démocratique, dans la concorde, la transparence et l’engagement patriotique.

Malheureusement depuis cette annonce, nous observons un certain nombre de faits très préoccupants qui amènent notre parti à faire connaître au peuple de Guinée et à la communauté africaine et internationale sa position.

1. Toute la classe politique et les autres acteurs sociaux se polarisent sur le choix d’un Premier Ministre et la formation d’un gouvernement de transition, suscitant dans le microcosme politique, les convoitises les plus folles et les plus insensées. Cette approche se fait au détriment de la définition d’un cadre consensuel de transition consigné, dans un véritable accord politique entre le CNDD et le Forum des Forces Vives, sur la base des résolutions et recommandations du Groupe International de Contact sur la Guinée, de la CEDEAO et de l‘Union Africaine. Cette démarche non transparente et pleine de dangers pour l’avenir démocratique du pays, escamote les avancées obtenues à Ouagadougou et sort pratiquement du schéma de négociation déjà entamé. Or, s’agissant de la mise en place d’un pouvoir politique non issu d’élections libres et équitables, seul le consensus entre toutes les composantes politiques et sociales de la communauté nationale, sans exclusion aucune, doit prévaloir. De plus, pour obtenir la pleine adhésion de la population qui a payé un lourd tribut à la lutte pour le changement, il est indispensable que l’équipe de transition soit essentiellement composée d’hommes et de femmes neufs, compétents, intègres, non marqués négativement par leur passé, dédiés au changement démocratique et acceptant les contraintes qui s’imposent aux acteurs d’un pouvoir non élu. Le précédent de 2007 devrait être présent dans toutes les mémoires.

2. Nous constatons avec beaucoup de tristesse que ce sont des hommes et femmes du passé, organisés en véritables maffias, ceux-là mêmes qui ont détruit notre pays, qui ont toujours voix prépondérante lorsqu’il s’agit de décider de l’avenir de notre pays. Ces éléments, ennemis irréductibles de la démocratie et de la liberté, corrompus et parfois criminels, ont fini par investir le CNDD jusqu’à le faire totalement dévier de ses nobles idéaux originels. Ce sont ces mêmes forces obscures qui tentent de contrôler la transition, afin que le pays ne sorte jamais des dictatures civiles et militaires qui ont pris le pays en otage depuis 1958. Ce sont ces groupes qui ont poussé le Capitaine Moussa Dadis Camara au reniement de la parole donnée et au crime, pour assouvir leurs ambitions égoïstes. Ils ont sur la conscience les milliers de blessés, torturés, tués ou violés depuis 2006 et en général, le sang versé par des Guinéennes et des Guinéens ainsi que l’état déplorable dans lequel se trouve le premier chef de la junte. Ils portent également la responsabilité de l’état de délabrement physique, économique et moral de notre pays et de la misère indicible dans laquelle croupit la population, sans espoir d’en sortir dans un avenir prévisible, si on les laisse faire.

II. Nos propositions

1.Relance immédiate du dialogue politique interne

Dans ces conditions, nous lançons un appel fraternel au CNDD et particulièrement à son Président intérimaire, son gouvernement et ses alliés éventuels, au Forum des Forces Vives, afin d’œuvrer ensemble, dans la transparence, pour que s’engage immédiatement un dialogue direct, sur le territoire national, pour la conclusion d’un Accord Politique Global Inter-guinéen, indispensable pour une transition consensuelle, féconde et apaisée. Cet accord basé sur la continuation des pourparlers déjà engagés à Ouagadougou, devrait être conclu dans un délai maximum de 10 jours. Le Facilitateur et des représentants du Groupe International de contact sur la Guinée devraient être invités à venir à Conakry pour parrainer la signature de l’accord.

2. Contenu minimal de l’Accord global

Le texte devrait contenir les dispositions suivantes :

a .La nomination d’un Chef d’Etat intérimaire, en la personne du Général Sékouba Konaté;

b .La mise en place d’un gouvernement à effectif resserré ayant tous les pouvoirs de l’exécutif, sauf sur les Forces armées. Une annexe précisera le profil du Premier Ministre de consensus qui sera nommé dans le cadre des accords. Il ou elle sera choisi par le Chef de l’Etat sur une liste de quatre candidats et candidates proposés par le Forum des Forces Vives. Le tiers des postes ministériels ira à des personnes originaires des Forces Vives, un deuxième tiers désigné par le CNDD et les autres, représentant des personnalités indépendantes choisies en raison de leurs compétences techniques et de leur probité. Les ministres nommés s’engageront à travailler dans l’intérêt supérieur du pays et non pour leur organisation ou leur région d’origine. Ils devront en particulier s’abstenir d’utiliser le bien public à des fins partisanes ;

c. La mise en place d’un Conseil National de Transition dirigé par un civil et chargé des questions législatives et du contrôle de l’action gouvernementale. Des mesures précises seront indiquées pour la validation du toilettage des textes constitutionnels et le Code électoral. Dans tous les cas, il doit être exclu qu’un nouveau chef d’Etat puisse être élu sous l’emprise de la Loi Fondamentale monarchique fabriquée pour le Général Lansana Conté en 2000 ;

d. La définition de la durée de la transition qui ne devra en aucun cas excéder 10 à 12 mois ;

e. Le principe de la non-candidature aux prochaines consultations électorales clôturant la transition, de toutes les personnes ayant appartenu au CNDD, à son gouvernement, au gouvernement de la transition ou au bureau du CNT;

f. Le chronogramme de la transition et les mécanismes de suivi et de contrôle du respect des engagements pris par tous les partenaires. Des dispositions devront être prises pour restructurer, assainir et renforcer la CENI afin d’accroître son efficience et son indépendance. Un effort particulier devra être fait pour compléter le recensement des populations guinéennes à l’intérieur et à l’extérieur. De nouveaux centres de recensement devront être ouverts pour couvrir tous les pays pouvant justifier de la présence d’un consulat de Guinée (ordinaire ou honoraire) ;

g. Une annexe détaillée contenant les dispositions suivantes :
– Le règlement des questions sécuritaires et des garanties de libertés publiques et individuelles
– Programme d’action du gouvernement dans tous les domaines pour la durée de la transition.
Des dispositions contraignantes devront être prévues en matière économique et financière, afin de
sécuriser le patrimoine public et empêcher la continuation du gaspillage des maigres ressources.

C’est à ce sursaut national que nous appelons tous nos compatriotes car l’heure est grave. Nous devons dépasser les clivages néfastes et les égoïsmes de toutes sortes qui ont fait tant de mal à notre pays. Nous n’avons pas le droit à l’échec, car les conséquences seraient incalculables et le peuple, éternelle victime des querelles entre les membres de l’élite, ne nous le pardonnerait pas.

Fait à Conakry, le 12 janvier 2010
Pour le Bureau Exécutif National de l’UFD,
Le Président,
Mamadou BAH Baadikko « 

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