L’impunité erigée en système de gouvernance !

Après les évènements douloureux et inqualifiables qui se sont déroulés le 28 septembre 2009 au stade du même nom, nous sommes obligés de constater encore une fois, la récurrence du phénomène de violence politique qui a ponctué tout le demi-siècle de vie de la république de Guinée.
En effet, la vie du citoyen ne vaut pas grand-chose et se trouve à la merci des forces de répressions du système d’Etat, de 1958 à cette triste journée pour les populations de Guinée contre lesquelles la barbarie s’est exprimée en plein jour , dans un endroit délimité et dans l’exercice d’un droit élémentaire, reconnu par toutes les constitutions qui ont régi le pays depuis son indépendance, à savoir le droit de manifestation.
L’on nous rétorque que la manifestation était interdite, mais rien ne peut justifier, après coup, le déferlement de violence qui s’en est suivi.
La culture de la violence et son corollaire qui est l’impunité sont installés en bonne place dans les rouages de l’Etat qui assure une certaine bienveillance.
Nous avons eu l’occasion, le samedi 14 novembre dernier de visionner un film de ces évènements pris a l’intérieur et aux environs du stade par les manifestants eux-mêmes. Il est édifiant sur la manière méthodique employée par les forces de répression pour abattre ou blesser à l’arme blanche et par les bâillonnettes quelques manifestants. C’est le comble de l’horreur. Aucun homme normalement constitué ne peut s’empêcher d’être indigné par une telle sauvagerie.
Aucun doute n’est permis, car les militaires étaient venus pour tuer, estropier, mâter ou « donner une leçon » à tous ces mal pensants. Ils n’admettent aucune autre pensée que celle du CNDD et son candidat.
Le plus préoccupant dans cette histoire, c’est la schizophrénie ambiante du système comme si de rien n’était. Comme s’il ne s’était rien passé dans ce pays le 28 septembre et on vous assure que tout va bien. « Le pays est commandé » comme ils aiment à le dire.
Face à cette machine infernale, la vie du citoyen et les différents droits humains comptent peu.
Malgré ce qui s’est passé, il se trouve des personnes pour justifier l’injustifiable, en se persuadant que cela ne peut arriver qu’aux autres. En quelque sorte ils ont cherché et mérité ce qu’il leur était arrivé.
Il y en a même qui disent que tout cela n’est qu’un grossier montage fait par les Forces vives dans le but inavoué de salir Moussa Dadis Camara et le CNDD et stopper l’œuvre de salubrité publique menée par son équipe. « Il n’y aurait eu que cinquante sept morts dont cinquante trois par étouffements et quatre par balles perdues ». « Il n’y aurait pas eu de viols » au stade ce jour là sauf dans l’imagination de personnes mal intentionnées des Forces vives. Pour nous, ce sont des « négationnistes » de la réalité des faits.
Loin de moi l’idée de mettre toute l’armée dans le même sac, mais les forces de répressions guinéennes sont des « récidivistes ». C’est la quatrième fois depuis trois ans qu’elles se livrent à ce genre de besogne. Il y eût juin 2006 (massacre d’une vingtaine de lycéens qui manifestaient pour pouvoir passer les examens du baccalauréat) ; Janvier février 2007 et le massacre de près de 200 manifestants le long de l’autoroute ; Juin 2008 et la descente musclée qui s’est soldée par la mort de dizaines de policiers au CMIS et enfin, ce « septembre noir » récemment.
Dans les débats sur ces atrocités, sur les médias de la place de Paris, des auditeurs interviennent pour affirmer que ce n’est pas la première fois que de tels dérapages interviennent en Guinée et qu’ils trouvent suspect le soutien de la communauté internationale en général et celui de la France en particulier à la cause des populations guinéennes. Ils se préoccupent plus du sort de MDC que de celui du peuple de guinée.
Ils vont jusqu’à dire que ce soutien sera monnayé par la mainmise des occidentaux sur les richesses du sous-sol guinéen.
C’est là une supercherie, de la part de MDC, qui a bien fonctionné. Il s’est présenté comme le sauveur qui va nettoyer les « écuries d’Augias » des corrompus que sont les membres de l’opposition classique à Lansana Conté et qui à quelques exceptions l’ont tous servi. D’où les audits et la lutte contre le narco trafic.
Mais que nous sachions, les membres du CNDD ne sortent pas de nulle part. C’était le bras armé de la dictature de Lansana Conté et l’exécuteur des basses œuvres.
De surcroît nous avons près de cent partis politiques reconnus officiellement. D’où l’embarras du choix pour le citoyen.
A la limite, ils pensent qu’il faut coller la paix à ce pauvre MDC et passer par pertes et profits les morts et autres blessés et traumatisés.
Pour nous, les droits de l’homme sont universels quelque soit la latitude sous laquelle l’on se trouve. Tout peuple aspire au bonheur et au bien être.
Nous voulons que la Guinée connaisse à son tour les délices de la démocratie qui pourrait être un puissant levier pour son développement futur. Qu’elle intègre la normalité des Etats de par le monde et devienne fréquentable.
Nous voulons qu’elle sorte des pages sombres de la détresse humaine et s’épanouisse comme n’importe quel autre pays. Nous voulons donc qu’elle connaisse enfin l’excellence.
Nous voulons par-dessus tout qu’elle devienne un Etat de droit dans lequel le citoyen à confiance en de fortes institutions, un Etat qu’il voit comme le recours aux différents et non pas aux solidarités ethniques.
Il est vrai que nous avons été nombreux à faire confiance, et sur sa profession de foi, en l’homme du 23 décembre 2008.
C’est parce que nous croyions aux vertus de la parole donnée. Au respect des engagements en politique.
C’est ainsi que les partis politiques, les syndicats, la société civile, les citoyens dans leur grande majorité ont décidé de soutenir le CNDD dans le processus de transition amorcé et après que MDC ait déclaré que ni lui, ni aucun membre du CNDD et du gouvernement ne se présenterait aux prochaines élections.
Malgré la suspension de toutes les institutions, il s’est établi alors un pacte social entre les acteurs de la vie politique en Guinée. Dans nos traditions Africaines, « la parole donnée est sacrée ».
Aujourd’hui nous pouvons affirmer que nous nous sommes fait avoir dans la mesure où se pacte a été rompu avec les massacres du 28 septembre 2009. Surtout que MDC avait toujours dit qu’il ne verserait pas une goutte de sang d’un Guinéen.
A toute situation il y a une leçon à retenir pour le futur, à savoir que l’on doit en toute circonstance laisser jouer le jeu normal des institutions. Les règles de ces dernières doivent s’appliquer quelque soit l’évènement.
Il ne faut pas non plus faire confiance aveuglément aux professions de foi.
Les forces vives doivent rester unies et fermes dans les négociations qui sont engagées depuis peu à Ouagadougou sous l’égide du médiateur Blaise Compaoré désigné par le président en exercice de la CDEAO, Mr Umaru Yar’Adua.
Il ne faudrait pas qu’elles tombent dans le piège tendu par MDC et le CNDD en ce qui concernerait un gouvernement d’union nationale avec un premier Ministre placé sous son autorité.
Comme en 2007, entre Mrs Lansana Kouyaté et Lansana Conté cela ne fonctionnera pas.
Pour sortir de cette culture de l’impunité, il faudrait que nous fassions une introspection des cinquante et un ans de notre histoire commune et situer les responsabilités des uns et des autres. Il faut que la Vérité soit établie, la justice rendue et seulement enfin la réconciliation pour pouvoir repartir sur de nouvelles bases.
Aboubacar Fofana
Economiste
Président du Club DLG
Email : aboufof2@yahoo.fr
Blog : http://www.prospectives.over-blog.net
Paris le 19 novembre 2009

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