Archives de Catégorie: médias citoyens

Guinée: Primauté de l’impunité sur l’état de droit en Guinée

Standard
English: Human Rights Watch logo Русский: Лого...

Human Rights Watch  (Photo credit: Wikipedia)

La Guinée a été la première colonie française d’Afrique noire à accéder à l’indépendance en 1958. Du mois de septembre 1958 au mois d’avril 1984, un pouvoir qui se qualifiait de révolutionnaire a transformé le pays en une immense prison à ciel ouvert, arrêtant, torturant, emprisonnant et tuant des citoyens innocents. En 2010, M. Alpha Condé, professeur de droit a accédé au pouvoir après des élections entachées de violences des forces de sécurité et des affrontements inter ethniques.

Une histoire où l’impunité faisait déjà loi

L’historien guinéen, Prof. Tierno Siradiou Bah, Directeur exécutif du Mémorial virtuel Camp Boiro, a écrit sur blog (anglais) :

Arbitrary arrests, detention, torture, fake trials, and executions became a routine. Military barracks turned into detention centers and killing grounds. Thousands of political prisoners disappeared there. The country itself became a global prison. Everyone was a potential target of the ‘revolutionary’ secret police, including children and the elderly. The terror peaked in 1976. Then, in a series of provocative and self-destructive speeches, Sekou Touré incited to ethnic warfare and genocide against the main ethnic group: the Fulɓe.
Located in the center of Conakry, the Camp Boiro National Guard Barracks was the epicenter of the Guinean Gulag. It is estimated that more than 50,000 political prisoners disappeared there. The purges targeted the country’s brightest minds but also the entrepreneurs, the unions leaders, women…

28 septembre en Guinee. Photo via la page facebook de Guinee58

28 septembre en Guinee. Photo via la page facebook de Guinee58

Arrestations et détentions arbitraires, torture, procès truqués et exécutions étaient devenues une routine. Des casernes ont été transformées en centres de détention et des lieux d’exécutions. Des milliers de prisonniers politiques ont disparu là-bas. Le pays lui-même fut devenu en une prison générale. Tout le monde était une cible potentielle de la police secrète «révolutionnaires», y compris les enfants et les personnes âgées. La terreur atteint son sommet en 1976. Puis, dans une série de discours provocateurs et auto-destructeurs, Sekou Touré incita à la guerre ethnique et au génocide contre le principal groupe ethnique: les Fulɓe.
 Situé dans le centre de Conakry, le Camp Boiro, Caserne de la Garde nationale a été l’épicentre du Goulag guinéen. On estime que plus de 50.000 prisonniers politiques ont disparu là-bas. Les purges ciblèrent les esprits les plus brillants du pays, mais aussi des entrepreneurs, des dirigeants des syndicats et des femmes …

L’armée en Guinée via Abdoulaye Bah dans le billet du 2 octobre 2011
Et après Sékou Touré?

Depuis sa mort, d’autres dictateurs ont dirigé le pays, causant eux aussi des violences extrajudiciaires contre la population civile pour diverses prétextes : manifestation syndicale ou étudiante, révolte des femmes contre les conditions misérables et le côut de de la vie, etc.

En 2011, l’ACAT-France ensemble avec de nombreuses organisations guinéennes militantes pour les droits humains ont effectué une enquête à travers le pays et publié une étude sur le phénomène tortionnaire en Guinée, ” Torture : la force fait loi.” A la suite de cette enquête, l’ACAT-France a lancé une pétition en ligne  “GUINÉE. Halte à la torture” adressée au Président Alpha Condé qui se clôturera le 31 décembre. On peut y lire :

la torture reste une pratique courante dans le pays, que ce soit à l’encontre de détenus de droit commun, à l’occasion de répressions de manifestations ou pour sanctionner les militaires suspectés de sédition. Dans un contexte politique qui reste tendu, les autorités feront-elles le choix de rétablir l’état de droit ou de laisser prévaloir l’impunité ?

L’exemple le plus tristement fameux de ces violences qui aient attiré l’attention de la communauté internationale ont été les massacres du 28 septembre 2009 et les jours suivants. Amnesty International rappelle les faits sur son site:

Le 28 septembre 2009, les forces de sécurité guinéennes avaient abattu plus de 150 manifestants non armés durant un rassemblement de l’opposition dans ce même stade. Plus de 40 femmes avaient été violées en public, au moins 1 500 personnes avaient été blessées et beaucoup d’autres avaient disparu.

Nathalie Zajde, maître de conférences, Université de Paris VIII, responsable de la cellule psycho-sociale du Centre Mère et Enfants à Conakry, écrivait sur le site web du quotidien français lemonde.fr à l’occasion de l’anniversaire du deuxième anniversaire des massacres du 28 septembre 2009 :

Je ne sais si Mme Nafissatou Diallo a été ou non victime de violences sexuelles à l’hôtel Sofitel de New York en mai. En revanche, je sais, et nous sommes très nombreux à en avoir les preuves, que plus de 100 femmes guinéennes, dont une majorité de Peules, ont été le 28 septembre 2009 et les jours qui ont suivi, victimes de viols atroces et de tortures commis par des militaires, gendarmes et responsables politiques guinéens dont certains clairement identifiés, et qu’à ce jour, exactement deux ans après les terribles événements, aucun n’a été arrêté, ni même convoqué par des juges.

L’impunité manifeste aujourd’hui

Les Nations unies et l’ONG Human Right Watch avaient chacune envoyé une mission d’enquête en Guinée pour évaluer l’ampleur des violences et dresser une liste des responsables.

Toutefois, en 2011, HRW écrivait :

Personne n’a encore eu à rendre des comptes deux ans après que les forces de sécurité guinéennes eurent abattu des manifestants non armés lors d’un rassemblement de l’opposition à Conakry, la capitale, rappelle aujourd’hui Human Rights Watch…., le gouvernement guinéen doit faire davantage pour s’assurer que justice soit faite pour les victimes du massacre du 28 septembre 2009.

Pourtant, selon la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et l’Organisation guinéenne des droits de l’Homme (OGDH) la Commission d’enquête de l’ONU a remis son rapport au Conseil de sécurité le en juillet 2012 reconnaissant qu’il s’agissait bien de crimes contre l’Humanité et appelant à la saisine de la Cour pénale internationale.

Toutefois, aucune des personnalités qui étaient aux postes de commande des forces de sécurités lors de ces violences n’a été inquiétée, mais au contraire, l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme (OGDH), note:

Nous assistons impuissants à la promotion de certains présumés auteurs de la barbarie à de hautes fonctions civiles et militaires.

Parmi les militaires qui étaient à des postes de commandement et qui ont  été promu pas le Président Alpha Condé, il y a le lieutenant-colonel Tiégboro Camara, inculpé par la justice guinéenne en février passé et qui a été promu au poste de Secrétaire général chargé exclusivement des Services spéciaux, de la Lutte contre la Drogue et le Crime organisé, avec rang de ministre.

Le dernier cas de violence a eu lieu le 9 novembre 2012 lorsque Mme Aissatou Boiro qui enquêtait sur un cas de corruption à haut niveau, a été abattue lorsqu’à la fin de son travail en voulant rentrer à la maison des hommes en armes ont bloqué sa voiture et lui ont tiré dessus en pleine journée. Un billet sur le site de l’ONG Human Rights Watch raconte:

Les hommes ont surgi d’un autre véhicule qui s’était arrêté de manière à bloquer la voiture d’Aissatou Boiro et ont tiré deux fois sur leur victime. Les amis et la famille d’Aissatou Boiro ont rapporté qu’elle avait reçu des menaces de mort…..

Ses collaborateurs ont partagé avec Human Rights Watch qu’elle mènait une enquête sur un détournement de fonds publics présumé de plus de 13 milliards de francs guinéens (1,8 million de dollars américains).

Ecrit par Abdoulaye Bah

Paru en premier lieu sur: http://fr.globalvoicesonline.org/2012/11/24/129200/

Cambodge: Le “Roi père” Norodom Sihanouk n’est plu

Image
King Norodom Sihanouk of Cambodia

Norodom Sihanouk feu Roi du Cambodge (Photo crédit: Wikipedia)

J’ai traduit en français le billet écrit par Sopheap Chak pour Global Voices intitulé dans sa version anglaise  Cambodia Mourns the Death of King Father Norodom Sihanouk qui est devenu en français Le Cambodge pleure la mort du “Roi père” Norodom Sihanouk que je vous présente ci-dessous. J’aimais bien cette personnage au destin exceptionnel. Je l’ai connu personnellement, en 1992, lorsqu’il a visité Takmau pendant ma participation à la mission des Nations au Cambodge dénommé UNTAC. J’étais l’adjoint au chef de l’organisation des élections dans la province de Kandal, celle qui entoure la capitale cambodgienne. Mes responsabilités comprenaient le recrutement et la formation des agents électoraux, l’éducation civique et les contacts avec les médias internationaux. Le roi est venu s’enquérir de l’avancement de nos activités et des problèmes éventuels que nous pouvions rencontrer. Il a eu des mots pour tout le personnel international individuellement. Et, avec moi, pour mes fonctions et en tant que guinéen, il a échangé des points de vue un peu plus longtemps. Une de ses filles était mariée à un guinéen rencontré à Pékin. J’en garde le souvenir d’un homme chaleureux au sourire contagieux.

[Liens en français ou en anglais] Le Cambodge est en deuil du “roi père” Norodom Sihanouk, décédé le 15 octobre dernier. Sihanouk est connu comme un héros du royaume du Cambodge pour ses réalisations qui comprennent l’accession pacifique du pays à l’indépendance de la colonisation française en 1953, pour sa mise sur le chemin de la prospérité pendant le Sangkum Reastr, pour avoir gagné un procès à la Cour internationale de justice en 1962 qui a reconnu le Temple de Preah Vihear comme appartenant au Cambodge près de la frontière thaïlandaise, et en particulier pour son rôle dans la conclusion des Accords de paix de Paris en 1991 qui ont marqué la fin des guerres civiles en apportant la paix dans le pays.

“Vous êtes notre héros, vous allez nous manquer” est le message commun exprimé par les citoyens cambodgiens et les internautes qui, tous, pleurent la mort du roi. Son corps a été ramené dans son pays depuis Pékin, où il se rendait souvent pour des soins médicaux.

Le 17 octobre 2012, des millions de personnes ont fait la queue le long de la route entre l’aéroport international et le Palais royal pour rendre hommage à la dépouille du roi, rappelant le retour historique de Sihanouk au Cambodge en novembre 1991 après avoir vécu hors du pays pendant 13 ans.

Les nouvelles de la mort de Sihanouk sont survenues pendant les longues vacances de la fête de Pchum Ben. L’ambiance a soudainement changé sur Internet quand les gens ont commencé à envoyer leurs hommages à  feu leur roi. Les Cambodgiens ont utilisé le hashtag #RIPKingSihanouk pour exprimer leur peine :

@Cambodian_VIPz # RIPKingSihanouk Nous sommes tristes et nous pleurons, vous nous quittez. Roi père de l’indépendance Norodom Sihanouk. pic.twitter.com/11×8wRXD

‏@lanycassie #RIPKingSihanouk Mon grand-père héros avait le meilleur sourire de ce monde <3 pic.twitter.com/fuD2ilqt

@Nida_CamELF Sans lui, le Cambodge maintenant pourrait redevenir encore esclave de la colonisation française. # RIPKingSihanouk

@PinkyElevenShi Bien qu’il pleuve, les Cambodgiens se sont rassemblés en face du Palais royal. Ce qui me fait pleurer # RIPKingSihanouk

Des pages Facebook ont été créées en l’honneur du Roi Père :

Les Cambodgiens venant de différentes provinces et régions se sont unis dans le deuil à la mort du roi Norodom Sihanouk. Photo de l’album Facebook de Rip (Repose en paix) Somdech Ta (le Roi Norodom Sihanouk)

Khmerbird espère voir les politiciens cambodgiens suivre les enseignements de  feu le roi :

Le Roi Père a dit une fois (Source) :

Je veux que mon pays soit indépendant, toujours indépendant. J’ai fait de mon mieux, mais en tant qu’être humain, je ne peux pas être parfait, personne n’est parfait.

J’espère que tous les hommes politiques cambodgiens suivront cette déclaration. Le Roi père a accepté de n’être pas parfait mais il avait une vision claire pour sauvegarder l’indépendance du pays

Khmerbird identifie l’héritage de Sihanouk :

Il a construit un très beau pays et avait fait du Cambodge autrefois le plus beau pays d’Asie. Il y a une chose que nous savons, il est vrai, c’est qu’il aimait son pays et il voulait faire le bonheur de son peuple.

La mort du roi a inspiré des citoyens comme Koh Tha à contribuer davantage au progrès du pays :

J’ai regardé sur une chaîne la diffusion de la cérémonie et des films historiques ainsi que des documents sur feu mon grand roi. Je ne sais pas pourquoi mes sentiments étaient un mélange de tristesse et de chagrin. Mes larmes ont coulé en silence. Je sens profondément qu’aussi bien moi que mon pays, nous avons perdu un grand héros. Puis, un sentiment profond a envahi mon cœur et je me suis senti dire “Kok Tha, il y a quelque chose que tu dois faire avec plus d’efforts pour aider ton pays à se développer”. J’ai juste l’impression que ce que j’ai fait jusqu’à présent n’est pas suffisant, et même beaucoup moins que mon roi. Je dois continuer mon travail avec acharnement et contribuer au bien-être des collègues, des organisations de jeunesse, des acteurs, des amis, de la jeunesse, de la famille et de mon amour.

Un deuil national pour le Roi a eu lieu jusqu’au 23 octobre 2012. Le peuple pourra lui rendre un dernier hommage en visitant le Palais Royal pendant les trois prochains mois. Après cette période, le corps du roi sera incinéré selon le rite bouddhisme.

Source:  http://fr.globalvoicesonline.org/2012/10/24/125570/

Tchad: Utilisation partisane de la loi, arrogance du pouvoir et violation des droits humains

Standard
English: Abéché, Tchad

Abéché, Tchad (Photo crédit: Wikipedia)

A l’instar d’autres pays africains, le Tchad aussi n’a pas échappé à la malédiction du pétrole. La découverte et l’exploitation de l’or noir n’a apporté que des malheurs pour la plupart des peuples dont le sol en possède des réserves: Guinée équatoriale, Nigeria, Congo-Brazzaville et Angola. L’exode rural s’accompagne de la rareté des produits locaux, d’un recours massif des produits de première nécessité, notamment alimentaires, provoquant la cherté du cout de la vie et d’une plus grande pauvreté de la majeur partie de la population. L’argent gagné par l’exportation est pillé par la corruption des classes dirigeantes. Pour se maintenir au pouvoir ces classes utilisent la violence contre les populations en limitant les libertés fondamentales. Mais un peu partout, les membres de la société civile refusant de se plier à la volonté du pouvoir résiste et dénonce.   Ainsi, la société civile tchadienne est en agitation depuis quelques semaines.

Trois dirigeants syndicaux et le rédacteur en chef du journal N’Djamena Bi-Hebdo ont été déclarés coupables d’"incitation à la haine" et de "diffamation", pour avoir rédigé et publié un Mémorandum adressé au Président Idriss Deby dénonçant la mauvaise gouvernance. Le blog de Makaila "Une plume combattante au service de la liberté" a fait savoir que:

Des citoyens des quatre coins du Tchad ont adressé, le 3 septembre dernier (avant la condamnation des leaders syndicats et du Rédacteur en Chef de N’Djamena-bi-Hebdo) un Mémorandaum à Deby. Les auteurs, représentés par Mme Achta et MM. Soumain Adoum, Massalbaye Ténébaye et Lazare Djékourninga vient de faire un Point de presse pour rendre public ce mémorandum.

Dans un point de presse, en date du 21 septembre, on peut lire:

Le chef de l’état et son gouvernement ont fait beaucoup de promesses aux populations tchadiennes  à la faveur de l’ère pétrolière. Des investissements ont bien entendu été faits dans plusieurs domaines : social, économique, administratif, etc. Mais, force est de constater qu’après 8 ans dans l’ère pétrolière, les principaux indicateurs macroéconomiques du Tchad n’ont pas augmenté, certains ont même reculé. Le Tchad se retrouve souvent avec des performances inférieures aux moyennes régionales africaines.

Le Mémorandum dénonce en des termes clairs le blocage de la situation politique et sociale en cours depuis le 17 juillet 2012 à cause d’une grève des travailleurs du secteur public lancé par l’Union des syndicats du Tchad (UST) demandant l’application d’un protocole d’accord qui relève la valeur indiciaire des salaires.Ce Mémorandum dit:

Dans ce contexte, les populations sont affectées par l’indisponibilité des services, notamment ceux de la santé. Bientôt les élèves pourraient être à leur tour affectés par l’indisponibilité du personnel enseignant, si le bras de fer entre le gouvernement et l’Union des Syndicats du Tchad se durcit. Même si les arguments des deux parties sont  compréhensibles, les citoyens tchadiens ne peuvent pas comprendre que le gouvernement ne parvienne pas à une porte de sortie de crise avec ses partenaires sociaux.

Soit le point de presse que le mémorandum font des recommandations au Président Déby et au gouvernement. Les premières recommandations invitent le Président à :

  • Engager le dialogue direct avec le syndicat des travailleurs en vue d’obtenir une solution durable aux revendications salariales dans l’intérêt suprême de la nation tchadienne.
  • Ouvrir des canaux de dialogue permanents pour impliquer toutes les couches sociales dans la recherche des solutions aux crises qui apparaissent régulièrement dans le paysage politique et social du pays.
  • Enrayer le conflit [entre] agriculteurs et éleveurs sui non seulement porte un coup dur à la production agricole et pastorale, mais fait aussi des victimes humaines et met à mal le bon vivre ensemble.

Dans un billet publié sur le site amnesty.org, Christian Mukosa, chercheur sur le Tchad à Amnesty International fait connaitre les peines prononcées à l’encontre des syndicalistes et du journaliste par le tribunal de première instance de N’Djamena le 18 septembre 2012:

 Michel Barka, Younous Mahadjir et François Djondang, tous trois membres dirigeants de l’Union des syndicats du Tchad (UST), l’un des plus gros syndicats du pays, ont été condamnés le 18 septembre à une peine de 18 mois d’emprisonnement avec sursis et à une amende de 1 million de francs CFA chacun (1 540 euros).
Jean-Claude Nekim, journaliste et directeur de publication du bihebdomadaire N’Djamena Bi-Hebdo, a été quant à lui condamné à une peine de 12 mois d’emprisonnement avec sursis et à une amende de 1 million de francs CFA (1 540 euros). Le journal a également été interdit de parution pendant trois mois.
Les quatre hommes ont été déclarés coupables d’"incitation à la haine" et de "diffamation", en lien avec la pétition de l’UST diffusée ce mois-ci. Jean-Claude Nekim a été inculpé après que N’Djamena Bi-Hebdo eu publié des extraits de cette pétition.

Dans ce billet, Christian Mukosa dénonce aussi l’utilisation de la justice à des fins partisanes:

Le gouvernement tchadien doit cesser de se servir du système judiciaire pour harceler les opposants politiques, a déclaré Amnesty International mercredi 19 septembre, après que trois syndicalistes et un journaliste ont été condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement avec sursis et à des amendes, pour avoir lancé et publié une pétition.

Il dénonce aussi les intimidations dont sont victimes les les opposants et les militants des droits humains:

D’autres affaires ont montré récemment que les autorités se servent de la justice pour harceler des opposants politiques. C’est le cas notamment du député de l’opposition Gali Ngote Gatta, membre de l’Union des forces démocratiques (UFD).

Cet homme a été arrêté et condamné à un an d’emprisonnement en mars 2012 pour tentative de corruption et braconnage (du gibier aurait été retrouvé dans son véhicule) par le tribunal de première instance de Sahr, dans le sud du Tchad.

Gali Ngote Gatta a été interpellé le 4 mars, jugé et condamné trois jours plus tard, bien que son immunité parlementaire n’ait pas été levée. La procédure légale n’a pas été pleinement respectée et les audiences ont été menées avec une rapidité plus que suspecte.

De son coté, Mohamed Keita, coordonnateur du Plaidoyer pour l’Afrique du Comité pour la protection des journalistes (CPJ) basé à New York, a déclaré:

L’utilisation du code pénal pour intimider les journalistes et censurer les reportages et les opinions dissidentes est un abus de pouvoir. Nous demandons aux autorités d’arrêter les poursuites pénales contre N’Djamena Bi-Hebdo et son directeur de publication Jean-Claude Nekim. Tous les responsables de gouvernement, y compris le président de la république, doivent tolérer les critiques des citoyens. Toute personne se sentant personnellement offensée devrait faire pourvoir ses droits devant un tribunal civil et non pénal

Un billet publié sur le site de Reporters sans frontières rapporte les propos d’un journaliste tchadien:

Interrogé par Reporters sans frontières, un journaliste tchadien ayant assisté à l’audience a affirmé : "C’était un procès expéditif. Le procureur n’a pas prouvé la diffamation. Les avocats de la défense ont quitté la salle en signe de protestation. Ce procès ressemble à un règlement de compte avec Jean-Claude Nekim et son journal. D’autres titres avaient publié en intégralité la pétition du l’UST. Ils n’ont pas été inquiétés ; c’est simplement N’Djaména bi-hebdo qu’on a frappé".

De nombreuses initiatives ont été entreprises par les journalistes et les internautes. Tous les journaux ont publié le journal des journaux, signé par les principaux journalistes du pays :

Cette édition spéciale avait été préparée par l’ensemble de la presse tchadienne indépendante et d’opposition, avec le soutien d’associations locales de défense des journalistes et la participation de Reporters sans frontières. Par cette initiative, ces titres de presse, qui ont suspendu pour une semaine leurs publications, visaient à protester contre les pressions politiques et judiciaires que subit Jean-Claude Nekim.

Le site kikideni.cowblog.fr s’est associé à cette initiative de solidarité:

La rédaction de http://www.kikideni.cowblog porte à la connaissance de tous ses lecteurs qu’elle suspend ses activités d’une semaine en guise de solidarité à notre confrère Jean-Claude Nekim, journaliste et directeur de publication du bihebdomadaire N’Djamena Bi-Hebdo.Nous dénonçons les actes [d'intimidations] du régime Tchadien et appelons toute la communauté journalistique a condamné ces actes.

Hong Kong : Les hackers du Parti des 50 cents, une menace pour les internautes

Standard

Traduction publiée le 1 Avril 2012 10:26 GMT · Voir le billet d’origine [en]

Global Voices AdvocacyCet article a été publié sur Global Voices Advocacy , l’un des sites de Global Voices, destiné à défendre la liberté d’expression en ligne et à combattre la cyber-censure. · Tous les billets

TraductionsLire cet article en d’autres langues:

English · Hong Kong: Web Freedom Under Threat, 50 Cent Party Takeover
Avec l’aide du gouvernement de Pékin, le candidat au poste de Chef de l’exécutif de Hong Kong, Leung Chung-Ying, a remporté les élections où seuls votent les membres du cercle restreint des grands électeurs de Hong Kong. Leung a obtenu 689 voix sur 1 200 membres du comité d’élection. Beaucoup de citoyens locaux estiment que Hong Kong est entrée dans l’âge des ténèbres comme Leung a été accusé par d’anciens membres du parti communiste clandestin à Hong Kong d’être un bureaucrate du PCC et que son leadership signifie donc la fin de l’autonomie politique de la ville.

Des billets de blogueurs influents ne font que confirmer que le style de harcèlement sur Internet propre à la Chine continentale  a commencé à Hong Kong. Tout d’abord, le site de l’élection parallèle en ligne du Chef de l’exécutif, organisée par le Programme sur l’opinion publique de l’Université de Hong Kong les 23 et 24 mars, a été attaqué par des pirates. Le blog Global Post a rapporté [en anglais] :

Chung a dit : « Notre site a été surchargé. Nous suspectons qu’il fait l’objet d’attaques systématiques car  il enregistre plus d’un million de clics par seconde”, selon le  journal The Australian. Selon ce journal, Chung n’a pas indiqué qui pourrait être responsable du piratage, mais son équipe, au Programme de l’opinion publique, a eu un problème avec les autorités de Pékin en révélant que l’opinion publique était contre la position officielle de la partie continentale.
Deuxièmement, le professeur d’université Simon Shen, qui a analysé de manière proactive les implications politiques du Chef de l’exécutif, a reçu un grand nombre de messages de menaces lui demandant d’arrêter la propagation de rumeurs. En outre, son profil public dans Wikipedia et Wikia a été modifié avec beaucoup de propos diffamatoires. Selon  Shen sur Facebook [en chinois] :

近來在網絡世界遇上一些恐嚇言論,雖然不會當真,但日前也收到指名道姓、來自163賬戶的匿名電郵,提及「Dr Shen:這是嚴重警告,請立即停止造謠,否則,3日內有嚴重效果」

Récemment, j’ai reçu un certain nombre de menaces en ligne. Je ne les ai pas prises au sérieux. Mais il y a quelques jours, j’ai reçu des courriels à partir de 163 comptes de messagerie anonymes qui mentionnaient: ”Dr Shen: C’est un sérieux avertissement. Arrêtez la propagation de rumeurs ou vous vous exposez à des conséquences très graves dans les trois jours.”

在《萬言書》刊登後,同一週內,我在《維基百科》的條目,忽然被加入與事實完全不符的內容;而在另一個名為《香港網絡大典》的網站,也忽然新增了關於我的條目,內容似有誹謗性,數日內就有數百改動。

Après avoir publié les “la lettre des 10 000 mots”, en une semaine, mon profil public sur Wikipedia a été modifié. Le contenu est sans aucune base factuelle. Sur un autre site web: http://evchk.wikia.com, mon profil a été modifié avec un contenu diffamatoire. En peu de jours, il a été modifié des centaines de fois.
Cette tactique de harcèlement est très couramment utilisée en Chine continentale au sein du parti des 50 cents.Le troisième cas est arrivé hier. Le compte sur Facebook d’un leader d’opinion en ligne de premier plan à Hong Kong, Kay Lam, a été suspendu parce qu’il a téléchargé une photo après que CY Leung a remporté l’élection:

La photo était désignée comme le début d’une ère sombre à Hong Kong. De toute évidence, un grand nombre d’utilisateurs de Facebook ont déposé des plaintes auprès de Facebook demandant que les photos soient supprimées et le compte de l’utilisateur suspendu. Kay Lam a publié l’avis de l’administration de Facebook sur son blog [en chinois] :

Une ou plusieurs photos que vous avez téléchargées violent la Déclaration des droits et responsabilités de Facebook. Il s’agit d’une violation de nos politiques sur le téléchargement des photos qui:
Ciblent des personnes en fonction de leur race, ethnie, origine nationale, religion, sexe, identité de genre, orientation sexuelle, handicap ou d’une maladie
Contiennent des menaces susceptibles de nuire à autrui, soutiennent  des organisations violentes, ou pour leur contenu violent
Creative Commons License

Ecrit par Oiwan Lam · Traduit par Abdoulaye Bah