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Afrique: Année 2012, une croissance économique à peau de léopard

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Un communiqué de la Banque mondiale en date du 15 avril fait savoir que la croissance économique en Afrique subsaharienne devrait atteindre plus de 5 % en moyenne en 2013-2015. Cette croissance, cependant est due essentiellement aux prix mondiaux élevés des matières premières et à l’augmentation des dépenses affectées à la consommation.

Cette période fait suite à une longue période de de croissance, dont celle de l’année 2012, qui a vu un quart des pays africains enregistrer taux supérieurs ou égaaux à 7 %. Il y a même un groupe de pays, dont font partie, notamment la Sierra Leone, le Niger, la Côte d’Ivoire, le Liberia, l’Éthiopie, le Burkina Faso et le Rwanda, qui figurent parmi les pays qui connaissent la croissance la plus rapide au monde. Pour que cette croissance profite à une plus grande partie de la population, l’accès aux services de base doit être généralisée et ne pas représenté un privilège pour les "gens de en haut".  Makhtar Diop vice-président de la Banque mondiale, pense que:

"Les pays africains devront procurer plus d’électricité, une alimentation nutritive, des emplois et des opportunités aux familles et communautés du continent afin d’améliorer leurs vies, de mettre fin à l’extrême pauvreté et de promouvoir une prospérité commune », déclare le , . « Sans apport supplémentaire d’électricité ni d’augmentation de la productivité agricole, le développement futur de l’Afrique ne pourra être mené à bien.La bonne nouvelle est que les gouvernements africains ont la ferme intention de changer la situation actuelle. "

Cependant, cette étude de la Banque mondiale relève des améliorations. Dans le communiqué de presse, on peut lire:

Africa’s Pulse suggère qu’un nombre de tendances émergeant sur le continent pourrait transformer son état actuel de développement au cours des années à venir. La promesse de revenus importants provenant de l’exploitation minière, une hausse des revenus créée par une expansion considérable de la productivité agricole, la migration à grande échelle des populations de la campagne vers les villes d’Afrique, et un dividende démographique potentiellement créé par la croissance rapide de la population jeune d’Afrique, comptent parmi les facteurs susceptibles de transformer l’Afrique.

L'agriculture et l'élevage doivent constituer les leviers du développement. Photo de T L Miles sur commons.wikimedia.org

L’agriculture et l’élevage doivent constituer les leviers du développement. Photo de T L Miles sur commons.wikimedia.org

Mais dans de nombreux pays, à des  taux de croissance élevés correspond un cout de la vie insupportable pour la majorité de la population. Cette croissance basée sur les exportations minières engendre un accroissement des importations de produits de luxe et alimentaires qu’on pourrait produire sur place. L’exode rural et l’incapacité de l’agriculture locale à répondre aux besoins de la population augmentent. L’argent, abondant pour les privilégiés, renchérit le cout de la vie. C’est ainsi que dans certains pays, exportateurs de pétrole par exemple, des loyers au prix du pain, les plus pauvres sont obligés de supporter des couts qui n’ont souvent pas de rapport avec ce qu’ils gagnent.

Heureusement, il y a des pays où, malgré certains aspects condamnables en ce qui concerne le respect des droits humains, l’accroissement de la richesse est aussi du à des facteurs diversifiés et contribue à faire sortir plus de gens de la pauvreté. Shanta Devarajan, économiste en chef pour la région Afrique de la Banque mondiale et auteur principal de ce rapport, relève que:

de 2005 à 2010, l’Éthiopie et le Rwanda ont connu une expansion de leurs économies de l’ordre de 8 à 10 % (soit entre 5 et 8 % par habitant), ce qui a entraîné une chute annuelle de 1,3 à 1,7 point de pourcentage de leurs taux nationaux de pauvreté.

Ministère des ressources naturelles, Kigali, Rwanda. Une photo que j'ai fete en juillet 2012

Ministère des ressources naturelles, Kigali, Rwanda. Une photo que j’ai fête en juillet 2012, lors de mon pèlerinage.

Le flux des investissements contribue à la croissance. Selon les données de la BM en 2012, par exemple, les flux nets de capitaux privés vers l’Afrique ont augmenté de 3,3 %, pour atteindre un niveau record de 54,5 milliards de dollars, et les entrées d’investissements directs étrangers ont connu un taux de croissance de 5,5 % en 2012, se chiffrant à 37,7 milliards de dollars. A ces flux, on doit aussi ajouter l’envoi de fonds estimés à 31 milliards de dollars pour 2012 et 2011, de la part des émigrés.

Dans de nombreux pays, la gouvernance a tendance à s’améliorer. Justement, à cause du déficit en matière de gouvernance, la Guinée, malgré ses réserves minières importantes et son potentiel agricole, restera encore pour longtemps en dessous de la richesse à laquelle ses habitants pourraient s’attendre. Après cinquante ans de production et d’exportation minières, les populations sont plus pauvres que jamais.

Afrique : Exigeons plus de transparence dans les transactions foncières de terres arables

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Lova, un des auteurs, réviseurs et traducteurs des articles du réseau mondial, Global Voices en français, a écrit un article sur l’accaparement des terres africaines de la part d’acteurs économiques étrangers dans différents pays africains. C’est un problème auquel je suis très sensible, c’est pour cela que dès que j’ai vu son billet sur notre plateforme commune, je l’ai immédiatement traduit.

La Guinée ne figure pas parmi les pays ayant le plus grand nombre de projets d’accaparement de terres, parce que probablement ce secteur qui est flou dans le reste du monde est encore plus flou en Guinée. Peut-être aussi que le nombre de projets en Guinée masque le fait qu’avec 11 pour cent de nos terres déjà aux mains de l’étranger, elle soit le deuxième pays, après le Liberia à avoir hypothéquer l’avoir des futures générations comme on peut le lire dans l’infographe présenté en page 12 de l’étude approfondie du phénomène menée par farmlandgrab.org intitulé L’accaparement des terres et la crise alimentaire mondiale.

Dans cette étude le cas suivant est cité

- 2011: La société américaine Farm Lands of Guinea Inc. contrôle plus de 100.000 ha en Guinée pour la production du maïs et du soja pour l’exportation. Des investisseurs britanniques (AIMI) contribuent au financement de l’affaire. En plus, FLGI est responsable, pour le compte du gouvernement, de la prospection de 1,5 millions d’ha pour la concessions des baux à d’autres investisseurs. contre quoi FLGI touchera une commission de15% sur les ventes.

C’est toute l’Afrique qui court un grave danger pour sa souveraineté alimentaire car le phénomène de l’accaparement des terres cultivables par les multinationales ou des pays étrangers. Au niveau mondial, de nombreuses ONG ayant pris conscience des conséquences que pourraient avoir ces accaparements sur la satisfaction des besoins alimentaires de nos populations tirent la sonnette d’alarme.

En Afrique aussi, les ONG locales commencent à s’impliquer. Ainsi des représentants de ces  organisations de la société civile venues de 13 pays africains se sont réunies à Ouidah les 08 et 09 février pour mettre au point  leurs stratégies de lutte. Ils venaient de du Burkina Faso, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, de la Guinée Conakry, du Mali, du Niger, du Sénégal, de la Siérra Léone, du Togo et du Zimbabwé et du Bénin.

Marcel Zoumènou a écrit un article publié sur lanouvelletribune.info du Bénin fort révélateur de la situation. Intitulé "Lutte contre l’accaparement des terres : les Osc d’Afrique dénoncent le mutisme des gouvernants", il y rappelle que Simon Bodéa, Secrétaire général de Synergie paysanne, désignée pour coordonner les activités qui seront menées par la plateforme jusqu’au prochain forum de Dakar, a fustigé le comportement des pouvoirs publics qui ne s’associent pas à cette lutte aux côtés des organisations paysannes.

Cliquer ici pour lire l’article de Lova sur l’accaparement des terres africaines:

Afrique : Un appel à plus de transparence dans les transactions foncières de terres arables

Target countries of land deals from the Land Matrix Project

Les pays cibles de transactions foncières,carte du projet Land Matrix

Guinée: Les dures réalités d’un pays à la dérive

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Du 21/12/10 au 21/12/11 ça fait exactement un an, soit 20% du quinquennat en cours, depuis que le président Alpha Condé a reçu les clés de la République de Guinée des mains du président de la Cour Suprême: une grande nouveauté par rapport à ses 3 prédécesseurs qui les avaient prises d’assaut grâce aux kalachnikov confiés à eux pour la défense du pays.

Message de soutien à Alpha Condé

Alpha Condé par republicoftogo.com sur flickr.com

Autre particularité: le nouveau locataire du Palais de la République est un universitaire qui a vécu sans discontinuer au pays des blancs depuis son adolescence, mais visiblement sans altérer ses paramètres intrinsèques, tant son ancrage dans le tribalisme primaire s’est avéré profond, depuis son "TSP" (tout sauf un peul) du 2e tour de la Présidentielle jusqu’au nettoyage ethnique systématique qu’il mène dans la fonction publique guinéenne où il ne restera bientôt que les plantons à remplacer. Il est vrai que le bois mort a beau rester dans l’eau, il ne deviendra jamais caïman. C’est une curieuse façon d’entamer la construction de l’Etat dont il déplore l’absence ("j’ai hérité d’un pays, pas d’un Etat").

Pour ma part, malgré l’accouchement difficile de la nouvelle république, je me suis proposé de saisir l’occasion pour réaliser mon rêve de réintégrer mon village natal pour y finir mes vieux jours. Il y a en effet longtemps, très longtemps même, j’avais dû me résigner à l’exil, à mon corps défendant, pour 6 à 7 ans, le temps d’une formation professionnelle supérieure avant de revenir au pays. Plusieurs décennies après, ce retour est toujours dans mes projets après les études et une carrière de 45 ans d’enseignement en  Afrique et en Europe.

Pour l’an 2011, j’ai donc décidé d’intensifier les préparatifs du retour. Pour cela j’ai effectué un premier séjour de 3 mois, puis un deuxième de 7 semaines. Avec pour premier résultat collatéral la perte sur place d’une part substantielle de mes précieux kilos malgré un budget conséquent.

Durant les 2 séjours, entre les salamaleks dans la famille élargie et dispersée, j’ai tenté de faire avancer 2 dossiers principaux: l’un pour la constuction d’un pied-à-terre à Conakry, l’autre pour le compte d’un groupe d’ONG engagées dans des projets de développement à la base.

Avec le chantier de construction j’ai eu l’occasion de vivre, en taxi ou en voiture personnelle, les embarras de la circulation et la galère inénarrable des conakrykas pour leurs déplacements, leurs ravitaillements dans les marchés, et les règlements des divers problèmes de la vie courante: l’ampleur de l’indiscipline et l’agressivité de beaucoup d’usagers des rues, la roublardise des artisans (tailleurs, maçons, plombiers, électriciens,…), le racket des commerçants, dépassent l’entendement.
Travelling in the rainy season

Photo de Julien Harneis via flickr.com

Quant aux démarches pour les projets associatifs, elles m’ont donné l’occasion entre autre de constater qu’à l’hôpital, si tu demandes un certificat de visite et contre-visite médical, on te donne le document mais sans te faire examiner; au tribunal même scénario pour un extrait du casier judiciaire: on te donne l’extrait dès que tu payes sans consultations du fichier des délinquants, qui n’existe peut-être pas d’ailleurs.

A la lumière de ces expériences, mon conseil insistant aux migrants guinéens est, avant toute opération au pays, de séjourner d’abord sur place car, comme disent les chinois, pour conaître les vraies réalités guinéennes, il vaut mieux les vivre 1 fois qu’entendre 100 fois.

En dehors des informations ainsi recueillies sur le terrain, j’ai évidemment noté comme tout le monde certaines mesures ahurissantes qui ont marqué le démarrage de la 3e république de Guinée:

- D’abord, une soixantaine de ministres au gouvernement et à la présidence dans un pays classé PMA ( pays les moins avançés) et PPTE (pays pauvres très endetté).

- Ensuite, la remise en selle d’anciens barons de triste réputation dans le système Conté; et surtout celle de Louncény Camara à la tête de la CENI, poste dont il avait été dégagé au profit de l’étranger Sangaré à la grande honte des guinéens soucieux de la dignité du pays.

- L’élaboration d’un nouveau code minier qui continue de confiner la Guinée à l’unique rôle d’exportateur de minerais: y’aura-t-il un jour des décideurs guinéens qui imposent aux multinationales leur transformation préalable obligatoire avant toute exportation, en attendant l’industrialisation (sidérurgie, industrie métallurgique,…)?

- L’évocation du rétablissement des liaisons aériennes intérieures en collaboration avec la Guinée-Bissau qui est, à leurs yeux, le partenaire potentiel le plus expérimenté en transport aérien! Songez, à ce sujet, que j’ai mis 11 heures de route de Conakry à Labé contre 45 minutes d’avion!

- Enfin, la reprise d’entreprises privatisées au profit de l’Etat dont AC a pourtant souligné l’inexistance; de même que l’affaire GETMA/BOLLORE qui est une dissuasion retentissante pour les investisseurs potentiels.

Tout le monde sait évidemment que les dégâts guinéens qui se sont accumulés pendant des décennies ne se résoudront pas en quelques mois ni même en quelques années; mais compte tenu de tant de rendez-vous manqués, une question automatique est suspendue sur tout acte posé par le pouvoir Condéen: va-t-il dans la bonne direction, celle de l’espoir d’une vie meilleure à terme pour tout le monde? Pour le moment la réponse n’est pas affirmative à mon avis.

En effet, le leitmotiv du changement s’est limité jusqu’ ici aux personnes et équipes, pas les orientations et les décisions prises . La politique suivie cherche visiblement à instaurer un Etat totalitaire comme les précédents, par le contrôle intégral de l’Exécutif, du Judiciaire déjà effectif, et bientôt du Législatif. On assiste à une continuité évidente voire un renforcement de la tare congénitale du pays: en effet pour les cinq régimes qui ont suivi le départ des colons, la république n’est pas un ensemble de citoyennes et citoyens rassemblés dans la même barque au milieu des flots, donc ayant tous intérêt à ramer dans la même direction pour s’en sortir. C’est plutôt une fédération de tribus en compétition, de manière que celle qui accède à la tête instaure une gestion de l’Etat à son seul profit et à l’exclusion des autres.

C’est pour cette raison essentielle que, malgré des potentialités exceptionnelles (sous-sol, sol, hydrographie, climat,…) la population est maintenue dans une misère sans nom, très démocratiquement partagée par l’ensemble des tribus sans exception, y compris celles dont des membres contrôlent le Pouvoir. Il n’y a en effet pas d’écoles,hôpitaux, routes, … bonnes pour les uns et mauvaises pour les autres, tout le monde subit les dures réalités du pays.

Et comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, il en sera ainsi évidemment tant que les guinéens continueront de se laisser berner par des gens qui n’invoquent leur ethnie que pour la défense de leurs intérêts égoïstes au détriment de l’intérêt général, à commencer par celui de leurs parents.

Au lieu d’organiser des élections crédibles pour permettre à la population de choisir elle-même ses représentants, ce sont des coordinations de régions, comités de sages auto-proclamés et cooptés qui parlent au nom du peuple de choses floues comme la réconciliation et autres thèmes de diversion: à l’évidence la tactique du régime consiste à agresser les uns puis à revenir leur proposer de se réconcilier en faisant fi des torts qui leur ont été infligés.
Parallèment le scénario du 2e tour de la présidencielle se met en place par le vérouillage du MATD, de la CENI et des FDS, qui permettra au régime de rééditer l’exploit de 2010 ayant permis de passer de 18% à 53% grâce à la "technologie électorale". Quand AC et ses amis considèreront les conditions mûres alors et alors seulement ils fixeront la date des élections législatives.

Quant à l’autre partie de la classe politique c-a-d l’Opposition, sa stratégie est moins évidente que celle de la Mouvance présidentielle; la question est de savoir si l’UFDG et ses alliés peuvent éviter ce que l’UPR et ses alliés ont subi sous la 2e république: la défaite électotale pendant tous les scrutins de 1993 à 2008. En effet, face au RPG et ses alliés la configuration des vrais partis d’opposition se présente encore comme celle de la 2e république, le Forum des Forces Vives en moins.

En réalité, il est grand temps que les militants du progrès pour tous en Guinée comprennent enfin que si ailleurs, c’est le libéralisme capitaliste qui détermine le clivage dans la classe politique, en Guinée le combat est celui des tribalistes contre tous les autres guinéens.

L’Etat étant présentement entièrement contrôlé par les premiers pour le plus grand malheur de l’écrasante majorité de la population, il appartient alors aux autres, tous les autres, de se donner la main dans un grand Mouvement National Anti-tribaliste au service du pays dans son ensemble et non de telle région ou telle ethnie. L’enfermement actuel de beaucoup d’acteurs dans un régionalisme incompréhensible face à la galère globalisée à laquelle seule une petite poignée d’individus échappe, restera fatal à la Guinée tant qu’il persistera.

En conclusion, mes dossiers de 2011 restent des affaires à suivre; la route du village demeure semée d’embûches; les migrants guinéens vont continuer à balancer entre la vie très difficile au pays et les couleuvres tout aussi difficiles à avaler dans les pays d’accueil; car en ces temps de crise socio-économique aiguë pour tout le monde, quand on n’est pas autochtone dans son pays de résidence , on a assurément des problèmes.

Mais Dieu est grand, tant qu’il y a la vie il y a l’espoir, wassalam.

Amadou Sadio Bah

Guinée et Rio Tinto: Le hold-up du siècle

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Rio Tinto Tower

Le siège de Rio Tinto. Source Wikipedia

Dans sa livraison du 31  octobre  2011, l’hebdomadaire satirique Le  Lynx de Conakry présente une analyse critique de Karim Ismaël du contrat signé entre la Guinée et le géant minier Rio Tinto. Cet accord avait été présenté par le gouvernement guinéen comme un exemple dans le domaine des négociations entre les pays possédant des réserves minières et les multinationales possédant de l’argent et le know-how pour les mettre en valeur. Certains médias online  avaient insisté sur l’implication personnelle du Président Condé dans les négociations. Ainsi, le site guineetv1.com, par exemple publiait le 30 avril 2011: 

Les premières informations reçues nous révèlent que c’est grâce au Président de la République lui-même que cet accord a pu être obtenu. Il aurait usé de sa lucidité et de sa connaissance de la chose juridique pour arriver à cet accord et apporter les clarifications qui pouvaient échapper aux simples techniciens.

Mais de nombreux observateurs avaient émis des doutes. Certains avaient meme crié au scandale. Après plus de 6 mois les faits semblent leur donner raison d’après Karim Ismaël. Voici son analyse in extenso:

Le contrat que le gouvernement guinéen a signé avec le groupe minier Rio-Tinto mérite d’être examiné en profondeur comme nous l’avons promis dans nos précédentes éditions. « L’Accord transactionnel» daté du 22 avril 2011, lie la République de Guinée et Simfer S.A (une société membre du groupe Rio Tinto) et Rio Tinto Minig and Exploitation Limited (également membre du groupe Rio Tinto). Cet “ accord transactionnel ” est un grand scandale au détriment de la Guinée. Tout se trame et s’exécute dans l’ombre, à l’insu des populations guinéennes,  véritables propriétaires des ressources à exploiter.

Le fameux “ accord transactionnel ” a permis au groupe Rio Tinto de verser à l’Etat guinéen “la somme transactionnelle définitive ” de 700 millions de dollars des Etats-Unis.

Il est précisé qu’elle sera versée dans les 3 jours ouvrés de la date à laquelle le décret de concession et le décret d’approbation auront été promulgués. Les partis conviennent que la somme transactionnelle est déductible d’impôt même si elle sera portée à l’actif de Simfer en raison, notamment, du fait que celle-ci est versée en contrepartie de la confirmation de ses droits miniers exclusifs”. Cette clarification montre que les 700 millions de dollars représentent:

- la valeur d’acquisition des droits miniers (droits de propriété exclusive) sur la concession minière dont le périmètre “correspondra à la partie sud du mont Simandou située dans les préfectures de Beyla, Macenta et Kérouané sur une longueur de 55 Km ayant une superficie de 369 Km2 ” .

- la valeur d’un élément d’actif susceptible d’être amorti suivant un taux qui n’est pas défini.

- les amortissements de ce montant seront déductibles des bénéfices éventuels et même des impôts dûs par la société (cas de la taxe minière).

- une avance coûteuse sur les revenus futurs de la Guinée.

A la faveur de cet “ accord transactionnel ” et donc du versement des 700 millions de dollars, le gouvernement ferme les yeux et la bouche sur la  cession des actions à Chalco. On sait que Rio Tinto a cédé des actions à une société chinoise dénommée Chalco en réalisant, selon certaines sociétés, un bénéfice de deux milliards de dollars. Comme cette plus value de cession des actions à Chalco a dû laisser la Guinée sur sa faim, les dispositions de “ l’accord transactionnel ” prévoient que “ le ministre des mines approuve expressément l’ensemble des termes et conditions de l’accord signé entre Rio Tinto et Chalco et, par conséquent, la cession au profit de Simfer Jersey Limited d’actions de SIMFER actuellement détenues par des entités du groupe Rio Tinto, ainsi que de toute prise de participation par Chalco dans le capital social de Simfer Jersey Limited.

L’Etat confirme que le transfert à Simfer Jersey Limited d’actions détenues par les sociétés du groupe Rio Tinto, le transfert du financement historique de Simfer Jersey Limited, ainsi que toute prise de participation par Chalco dans le capital Simfer Jersey Limited, seront entièrement libres de tous frais, droits, taxes, impôts et autres charges de toute nature”.

En termes simples, Rio Tinto accepte de payer les 700 millions de dollars pour que personne ne vienne ” fourrer le nez ” dans ses affaires juteuses ” réalisées à l’occasion de la vente de ses actions à Chalco. On remarquera que l’opacité des transactions est organisée en passant de Simfer S.A à Simfer Jersey Limited; Chalco-Jersey étant certainement un paradis fiscal.

Rio Tinto fait donc une bonne affaire. Elle paye 700 millions de dollars moyennant silence sur sa plus value de cession réalisée avec Chalco et possibilité de récupérer les 700 millions payés sur les revenus  futurs de la Guinée.

A ce stade, Rio Tinto fait d’une pierre deux coups. Mais comme elle a affaire à des “ Zozos ”, elle obtient des avantages exorbitants. Aussi, l’annexe comptable et fiscal à la convention ” prévoit-il:

• le maintien de l’exonération de l’impôt minimum forfaitaire et de l’impôt sur le revenu d’une durée de 8 ans à compter de la première année de bénéfice taxable ;

• l’exonération d’impôt et de toute retenue à la source sur les dividendes sur toutes autres distributions aux actionnaires…

• L’Etat accepte d’appliquer à Simfer un taux général d’imposition sur les bénéfices de 30% à compter de la fin de la période d’exonération”. Ce troisième coup réalisé par Rio Tinto au détriment de la Guinée est le plus fort et le  plus dangereux :

• un impôt sur les bénéfices au taux de 30% au lieu de 35% selon le code minier et celui  des impôts.

• Une exonération de 8 ans, non pas à partir de la première production commerciale, mais à partir du premier exercice bénéficiaire, c’est du jamais vu. Si la société ne fait son première bénéfice taxable (après amortissement des 700 millions de dollars) qu’à la 5ème année de production, l’impôt ne serait applicable qu’à la 14ème année d’exploitation !

• Les dividendes aux actionnaires (part du bénéfice distribué) ne paient aucun impôt en Guinée, même si les revenus sont de source guinéenne ! Rappelons que les dividendes distribués  paient, conformément au code général des Impôts, 10% au trésor public. Il est bon de savoir qu’au moment où le Gouvernement guinéen négociait ce fameux “ accord transactionnel ” avec Rio Tinto, le projet de code minier était en cours de préparation. Nous en avons parlé ici même  dans le précédent numéro.

Or, comme Rio Tinto savait que ce code était en cours d’élaboration, il a tenu à se prémunir contre les dispositions différentes susceptibles de modifier la Convention de Rio Tinto.

C’est pourquoi, “SIMFER prend bonne note de la préparation par l’Etat d’un nouveau code minier, et rappelle que les dispositions de la convention, notamment ses articles 9, 30, 33 et 44 établissent le statut prioritaire de celle-ci par rapport aux autres lois guinéennes, ce que l’Etat reconnaît.

Toutefois, Simfer accepte de rencontrer l’Etat afin d’examiner l’incorporation de certaines des dispositions du nouveau code minier concernant les droits de l’homme et l’environnement, les parties ayant convenu que les dispositions de la Convention telles que modifiées par le présent accord transactionnel, sont figées (y compris pour éviter tout doute sur celles concernant la participation de l’Etat et les matières fiscales) en l’absence d’accord ultérieur entre les parties, et en l’absence de cet accord, celles-ci ne seront pas affectées par des amendements incompatibles futurs au code minier, ou de nouvelles dispositions minières incompatibles ou d’autres lois incompatibles actuelles ou futures. ”

Malgré ce blindage juridique qui fixe dans le marbre les avantages excessifs consentis à Rio Tinto par le gouvernement guinéen, cette société se ravise pour boucler la boucle par un avenant à la Convention de stabilisation, qui stipule que “dans l’hypothèse de toute incompatibilité entre les termes la convention et les termes de l’accord transactionnel, ceux de l’accord transactionnel prévaudront dans la mesure de cette incompatibilité .

Dans les cas où le présent accord transactionnel prévoit ou suppose, de façon expresse ou implicite, que la modification de la convention serait nécessaire, et dans les cas où il serait nécessaire de modifier la convention par un avenant ratifié pour que cette  modification devienne effective, cet accord transactionnel sera réputé constituer un engagement de l’Etat de  conclure un tel avenant et d’en obtenir la ratification dans les meilleurs délais ”.

Ceci montre que “ l’accord transactionnel ” est plus favorable à Rio Tinto que la convention dont elle disposait et qu’elle souhaitait voir amendée par  un avenant constitué par les avantages favorables de “ l’accord transactionnel ”.

Il est également dit que “les parties acceptent que les stipulations du présent Accord transactionnel prises ensemble avec celles de la convention telle que modifiée par le présent Accord Transactionnel soient figées et ne voient pas leur portée restreinte ou augmentée, ni ne soient abrogées ou autrement modifiées par les dispositions du décret de concession ou autrement. Par ailleurs, le décret de concession ne comportera aucune disposition requérant la réorganisation des termes du présent Accord Transactionnel ou de la Convention”.

Toutes ces précautions juridiques renforcent le caractère déséquilibré de cet “Accord Transactionnel”. De quoi les partenaires de Rio Tinto ont-ils peur ? Ils peuvent craindre qu’un gouvernement sérieux ne vienne remettre en cause ces “arrangements”. Jugeons par nous-mêmes. “L’accord transactionnel ” est une catastrophe pour la Guinée. La valeur des gisements concernés est extrêmement élevée. La teneur en fer de la concession serait de 65%. Ce n’est même pas tout.

Nous reviendrons sur d’autres aspects très scandaleux, notamment ceux liés au niveau de participation de la Guinée au capital social et à ceux de l’utilisation des infrastructures (chemins de fer, port, cite…)

Nous reviendrons aussi sur certains aspects juridiques qui enferment la Guinée dans une impasse, face à cet “ accord transactionnel ” qui doit être dénoncé par tous, parce que les intérêts de la Guinée y sont lésés. Si la Guinée utilise et consomme les fameux sept cent millions de dollars, les générations futures, moins stupides et moins voleuses que nous, seront confrontées à la nécessité de rembourser cette somme et de remettre à plat les conditions d’exploitation des gisements de fer de Simandou. D’ores et déjà, une partie des 700 millions de dollars figure en bonne place dans le budget rectificatif 2011.

Pourtant, c’est un hold-up.

Afrique sub-saharienne: Les économies africaines sont les plus performantes du monde

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Il y a des nouvelles que j’aime lire et partager avec mes amis su ce blog. Ainsi, selon les prévisions de la Banque mondiale  pour l’année en cours les taux de croissance des économies africaines sont parmi les plus forts du monde. Le Ghana devrait atteindre plus de 10 pour cent cette année tandis que près de 40 pour cent des pays africains sont susceptibles d’enregistrer environ 6 pour cent de taux de croissance.

La BM fait savoir que malgré un ralentissement de la reprise économique mondiale et un environnement plus difficile, les pays sub-sahariens continuent d’afficher une croissance solide. Suite à une expansion de 4,6 pour cent en 2010, la production de la région devrait croître de 4,8 pour cent cette année (5,8 pour cent en excluant l’Afrique du Sud) et de plus de 5 pour cent en 2012 et 2013.

D’après une autre étude publiée par le site economywatch.com, parmi les 10 économies les plus dynamiques du monde, cinq sont africaines. Cette étude nous révèle bien des surprises. Qui aurait dit que le Libéria a enregistré la 5ème meilleure performance mondiale? Et que dire de voir l’Ethiopie et le Mozambique figurer parmi les 12 économies les plus performantes.

C’est vrai que ces performances sont dues dans une grande mesure à la mise en exploitation de mines et que la corruption malheureusement empêchera la majorité de la population de bénéficier de cette croissance.

Burkina Faso, Guinée et Niger: Le prix de l’or monte, Semafo Inc trinque

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Une dépêche de l’agence d’information Reuters informe que l’entreprise minière Semafo Inc spécialisé dans l’exploration des mines d’or et présente en Guinée, au Burkina Faso et au Niger se frotte les mains. En effet au cours du 2nd trimestre 2011 ses bénéfices ont connu une forte croissance en raison de la flambée des prix de l’or sur le marché international. Bien refuge par excellence en période de crise, l’or a enregistré en moyenne une hausse de 26 pour cent à la fin de juin par rapport à l’année dernière suite aux problèmes d’endettement que connaissent les grandes économies.

C’est une véritable ruée vers l’or dans le monde entier à cause des tendances boursières beaucoup trop capricieuses. La conséquence est que le prix ne cesse de monter. Alors que l’once d’or valait à peine 1000 dollars en mars 2008, il s’oriente vers le doublement de ce prix. Aujourd’hui, il est plus recherché que jamais. L’once du métal précieux a atteint ce 11 aout le chiffre de 1813 dollars américains.

Semafo, exploite des mines d’or au Burkina Faso et au Niger en gagnant beaucoup d’argent. En Guinée, elle exploite la mine de Kiniero. Elle a fait savoir qu’elle augmentait son budget 2011 pour l’exploration de 8,5 millions de dollars pour sa mine rien que pour son site phare au Burkina.

Pendant que les actionnaires de cette multinationale se frottent les mains dans leurs salles de réunion dans les grandes capitales du monde les mains nos populations friment et la dépendance du développement de nos pays de ressources minières exportées sans aucune transformation se renforce. Cette dépendance, selon un rapport de l’ONU intitulé Rapport d’examen africain sur l’exploitation minière (Résumé):

la rente minière peut entraver le développement en accaparant l’attention aux dépens de questions économiques plus larges et du développement d’autres secteurs productifs. Cette situation est souvent due à ce qu’on appelle le syndrome hollandais ou la malédiction des ressources naturelles et fait que les revenus élevés générés par les minerais limitent la diversification des structures, ce qui empêche les économies de transformer l’abondance des ressources en croissance durable qui permet d’améliorer les conditions de vie des gens.

D’autre part l’exploitation minière provoque des problèmes environnementaux et une pollution de l’eau. Ce qui pourrait rompre l’équilibre naturel et entrainer des problèmes durables dans des pays comme le Burkina Faso et le Niger. En effet, parmi les nombreux impacts négatifs on peut relever, notamment, la contamination de l’eau des rivières, la destruction des terres et la détérioration des infrastructures.  Selon une étude de l’ONG canadienne, la Fondation de l’eau potable sure (FEPS), intutlé Exploitation minière et la pollution de l’eau:

L’exploitation minière affecte les bassins d’eau douce par l’utilisation d’eau pour le traitement du minerai et par la pollution faite lors des décharges d’effluent des mines. De plus en plus de mines menaces les sources d’eau sur laquelle nous dépendons tous. L’eau a été surnommée « l’eau la victime de l’exploitation minière » (James Lyon, interview, Mineral Policy Center, Washington DC). Beaucoup d’exploitation minière ont commencé l’extraction avec peu de souci pour l’environnement. Le prix que nous payons tous les jours pour l’extraction de minéraux est extrêmement élevé. L’extraction, naturellement, consomme beaucoup d’eau et peut polluer très sérieusement des cours d’eaux.

En outre, selon cette ONG, la pollution de l’eau causée par l’exploitation minière peut prendre des décennies même des siècles avant de se dépolluer après la fermeture de la mine.

 

C’est donc, à eux le magot et à nous les problèmes! Quelle injustice dans ce monde!!